Journée de la fierté transsexuelle : pour sortir du garde-robe la tête haute!


Le 30 avril dernier, au Centre Batshaw à Montréal, se déroulait la deuxième édition de la Journée de la fierté transsexuelle. Organisée par la CTTQ (Coalition des Transsexuel(le)s et Transsexué(e)s du Québec) sous la direction de Danielle Chénier, la journée a consisté en une série de présentations, alliant le sérieux et l’humoristique.
Un gala, organisé par l’ATQ (Association des Transsexuel(le)s du Québec) au café cabaret  Le Cléopâtre a couronné l’événement. AlterHéros a assisté à la présentation intitulée « Le début de transition et la transition au travail », avec Pascale-Anne Laroche et Julie-Maude Beauchesne.

Être différente
C’est avec beaucoup d’émotion, de sincérité et d’intensité que Mme Laroche nous a livré son témoignage. À l’âge de huit ans elle se sentait déjà différente et en marge des attentes de la société concernant son identité sexuelle.
« Quelles similarités y a-t-il entre être différente et être un super-héros? », a-t-elle demandé à l’auditoire.
Celui-ci s’est hasardé à quelques réponses : « il faut vivre une double identité. Il faut avoir le courage de s’affirmer, d’être vrai, c’est-à-dire, être soi-même. » Comme les X-Men (si on déplace le mot « mutant » et qu’on le remplace par « différent »), il faut combattre le mal, le fait d’être mal compris. C’est aussi avoir la peur d’être rejeté et se donner le courage de s’intégrer et de guérir des blessures psychologiques subies. Se trouver différente et se l’avouer – c’est un coming-out intérieur.
Mais un jour, il faut faire face à la société – le coming-out extérieur. Mme Laroche s’est souvent demandée qui elle était vraiment.  « J’achetais du linge féminin,

 
Pascale-Anne Laroche
Photo: Jean-Pierre Vu

et une fois que je le portais, je me sentais très bien dans ma peau, bien qu’un sentiment de culpabilité me portait vers le refoulement », raconte-t-elle.
En dehors, elle s’essayait de s’intégrer comme un homme, mais sans succès. « Ça ne marchait pas et c’est devenu un tellement grand poids à supporter. Des sentiments de souffrance, de mort… » 

La transition et celle des autres
C’était trop dur. Le jour est donc finalement venu où elle a décidé de faire le saut, de faire ce que l’on appelle une transition. Elle a perdu des amis, parce que pour eux, l’amitié entre une femme et un homme, ça n’existait pas.
« Comment faire ma vie? Comment réussir professionnellement? Comment vais-je faire pour trouver quelqu’un qui m’aime et qui m’accepte tel que je suis? » sont parmi les questions qu’elle s’est posées. Elle a dû supporter le regard de tous les autres, se faire pointer du doigt – se faire passer un pour un « freak » et être victime de stéréotypes péjoratifs.
« Tout ce que je demande, c’est le respect », nous dit-elle. C’est une lutte à tous les jours, apprendre à s’accepter. « Mais la vie c’est très beau, et il faut savoir s’allier avec des gens qui peuvent nous comprendre. »
« Il ne faut quand même pas partir en guerre contre la société! Ce n’est pas le bon moyen! », s’exclamait par la suite Julie-Maude Beauchesne, journaliste à la Voix de l’Est. Sur un ton enthousiaste et enjoué, elle nous a dévoilé le secret d’un succès : sa transition au travail.
« L’identité sexuelle est une question très importante dans la société. Regardez la première question qu’on demande quand on apprend la naissance d’un bébé. C’est un gars ou une fille? », a-t-elle fait remarquer.
« Être trans, a-t-elle poursuivi, c’est quand le sexe tel que dicté par le cerveau ne concorde pas avec le sexe physique. Je me regardais dans le miroir – je voyais un gars, mais j’étais une fille! »
Quand elle a débuté sa transition, elle a également établi un plan de match. « Il n’y a pas seulement sa propre transition qui soit importante, mais celle des autres : car eux aussi, ils ont un travail intérieur à faire », a-t-elle souligné. 
En bout de ligne, la transition sociale est tout aussi importante que la transition physique. 

La transition au travail
L’électrolyse a été la première étape, en même temps qu’un suivi avec un thérapeute. « Ça aide à poser les bonnes questions et ça nous permet de réfléchir plus profondément », dit-elle. L’hormonothérapie a signalé ensuite le début de la transition physique.

 
Julie-Maude Beauchesne
Photo: Jean-Pierre Vu

Devait suivre éventuellement le coming-out au travail. Elle indique que par opposé aux gais et lesbiennes, les transsexuel(le)s ne peuvent pas cacher leur transition devant « le reste de la planète. » Le coming-out est encore plus difficile et obligatoire.
Elle a ainsi entrepris de monter un dossier complet sur la transsexualité et a commencé à dévoiler son plan de transition, par le biais d’une lettre explicative, à ses collègues les plus proches.
Elle a ensuite escaladé la pyramide corporative en passant par le syndicat et a éventuellement atteint les patrons, lesquels ont bien pris la nouvelle et ont même félicité son professionnalisme.
Pour mettre à terme son plan d’action, une lettre écrite conjointement avec le patronat a été distribuée à la compagnie entière. Peu après, au retour d’une semaine de vacances, elle était devenue Julie-Maude!

Ne pas avoir peur
Elle soulignait encore une fois que la transition sociale est très importante – et qu’il y aura des échecs parmi les succès. « Au fond, dans la vie de tous les jours, ça ne change rien – que tu aies eu l’opération ou pas. Il faut éliminer les peurs, traiter la transition de l’entourage avec patience et douceur. Il faut défricher le jardin, semer les graines – pour que la femme puisse éclore au grand jour. » Métaphore qui a visiblement touché son public.
« Il y a beaucoup de transsexuel(le)s qui ont réussi leur vie et qui vivent normalement. », a-t-elle souligné avec ardeur (consulter le site de Lynn Conway à la fin de l’article).
« Malgré toutes les difficultés, on en ressort une personne plus grande. Nous avons grandi en maturité. Nous avons un plus grand cœur. Nous avons fait un ménage intérieur et nous pouvons profiter encore plus de la vie à 300%! Il est important de s’affirmer, et d’arrêter d’avoir peur. Il faut se montrer! », a interpellé un membre de l’auditoire. « C’est le fun d’être trans! », a conclu Mme Beauchesne.
La salle, regroupant des personnes de tous les âges – toute sexualité confondue, a été immédiatement remplie par le bruit des applaudissements. Somme toute, une nouvelle perspective à ce que Simone de Beauvoir a écrit : « On ne naît pas femme, on le devient »…

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