La Chambre des Communes d’Ottawa a approuvé mardi soir un projet de loi légalisant le mariage des couples homosexuels, ce qui va permettre au Canada de devenir le troisième pays au monde à reconnaître le mariage gai.
Le projet, qui divisait depuis plus de deux ans le pays, a été adopté par 158 députés contre 133 lors du vote en troisième lecture aux Communes.
Il donne sans restriction accès au mariage aux couples homosexuels, un pas déjà franchi par les Pays-Bas, la Belgique (mais sans droit à l’adoption) et bientôt l’Espagne.
Le projet devra encore être entériné par le Sénat, une formalité attendue d’ici fin juillet, avant que la gouverneure générale Adrienne Clarkson, représentante de la reine Elizabeth II (chef de l’État canadien), lui donne force de loi.
Divisé sur cette question, le gouvernement libéral minoritaire de Paul Martin s’est assuré du vote grâce à l’appui de la majorité des députés du Nouveau parti démocratique, une petite formation de gauche, et des indépendantistes québécois.
Démission d’un ministre libéral
Toutes les voix comptaient, car le premier ministre avait accordé un vote libre à ses troupes, sauf ses ministres, et une trentaine de députés libéraux ont finalement voté contre le texte.
L’un deux, Joe Comuzzi, 72 ans, a même remis mardi sa démission comme ministre d’État au développement économique du nord de l’Ontario pour pouvoir «défendre la définition traditionnelle du mariage», une décision acceptée avec «hésitation mais dans le plus grand des respects» par Paul Martin.
Catholique et réticent face à ce projet lancé en 2003 par son prédécesseur Jean Chrétien, Paul Martin avait expliqué qu’il «ne croyait pas qu’il puisse y avoir deux classes de citoyens».
De nombreux obstacles surmontés
En deux ans, le projet a affronté plusieurs obstacles. D’abord, en juillet 2003, plutôt que de faire voter le Parlement puis risquer ensuite un désaveu de la Cour suprême, Jean Chrétien avait préféré lui soumettre d’avance son projet.
En janvier 2004, Paul Martin avait rajouté une question à la plus haute instance judiciaire du pays, une décision vue par beaucoup comme un moyen de repousser l’avis des juges après les élections générales de juin, alors que le sujet divisait les électeurs.
Cela n’a pas empêché Paul Martin de se retrouver sans majorité après ce scrutin, le forçant depuis à gouverner à vue.
En décembre 2004, la Cour suprême avait finalement donné son feu vert, ouvrant la voie au vote. Mais sans attendre, les législateurs de neuf des treize provinces et territoires, représentant 90% de la population du pays, avaient autorisé le mariage gai, jugeant discriminatoire son interdiction.
Fracture entre métropoles et régions rurales
Le débat a fait apparaître une fracture entre les métropoles libérales, comme Montréal ou Vancouver, et les régions agricoles conservatrices, notamment de l’Ouest du pays, comme en Alberta.
Élu de la région, Stephen Harper, le jeune leader conservateur, a affirmé mardi son intention de revenir sur cette loi s’il prend le pouvoir au prochaines élections, attendues l’hiver prochain.
Au Canada, les Églises ont le pouvoir de légaliser des unions sans que les couples aient besoin de passer devant une autorité civile. Aussi, l’un des points les plus intenses des débats a été le droit de ces Églises, reconnu par le texte, à refuser de consacrer une union gaie sans risquer d’être traînées devant les tribunaux.














