Droits LGBT : avec les Conservateurs majoritaires, il est plus important que jamais de se mobiliser!

Le 2 mai dernier, le Premier ministre Stephen Harper, pouvant enfin célébrer l’élection d’un nombre suffisant de députés Conservateurs afin de former un gouvernement majoritaire, affirmait d’un ton solennel: « Nous sommes et devons être le gouvernement de tous les Canadiens ». Pour nous, membres des communautés LGBT, s’il y a bien une phrase que nous devons retenir de cette soirée d’élection, c’est bien celle-là!

Jusqu’à présent, les Conservateurs n’ont pas été très favorables aux enjeux qui concernent les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles et transgenres. Il est actuellement très difficile, en tant que membre de ces communautés de dire que Stephen Harper a été notre Premier ministre et qu’il a su travailler pour nous en tant que citoyens et citoyennes de ce beau et vaste pays.

Ce n’est pas pour rien qu’un organisme tel le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) ait appelé la population à « mettre le Parti Conservateur hors d’état de nuire » dès le lancement de la dernière campagne électorale, en prenant pour la première fois de son histoire position contre un parti politique quel qu’il soit.

Et le geste n’était pas anodin. Car au cours de son dernier mandat seulement, soit d’octobre 2008 à aujourd’hui, outre la suppression du financement d’organismes et de festivals LGBT, ce gouvernement a retiré la mention des acquis juridiques LGBT dans le document Découvrir le Canada – Les droits et responsabilités à la citoyenneté (édition 2010) remis aux nouveaux immigrants, il a nommé Gérard Latulippe (ouvertement pour la peine de mort et contre les droits des LGBT) à la tête de l’organisme Droits et Démocratie, il a retiré aux personnes transsexuelles le droit de poursuivre leur processus de réassignation de sexe en cas d’incarcération et a aussi voté contre le projet de loi C-389 visant l’inclusion de l’identité de genre comme motif de discrimination dans la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Et c’est sans mentionner que c’est ce même gouvernement qui a voté massivement contre le projet de loi C-38 sur le mariage homosexuel en 2005 et qui a reconduit un vote sur cette question à son arrivée au pouvoir en 2006. Seul son état de gouvernement minoritaire l’a empêché d’interdire tout mariage entre conjoints de même sexe. Loin d’être reluisant comme bilan…

Jusqu’où pourra aller la droite évangélique?
La question que tout le monde se pose donc aujourd’hui est la suivante : maintenant que les Conservateurs sont en position de force, qu’ils ont les mains libres en raison de leur majorité absolue à la Chambre des communes, jusqu’où iront-ils? Devons-nous craindre le pire et voir le dossier du mariage gai être rouvert, tout comme pourrait l’être également la question de l’avortement et de la peine de mort?  Bref, comme le diraient les Gaulois, devons-nous craindre que le ciel ne nous tombe sur la tête?

Déjà, en 2006, l’éditorialiste du magazine LGBT d’Ottawa, Capital X’tra nous prévenait du pire: « Quelque chose a changé au Canada au cours du débat national sur le mariage entre conjoints de même sexe, avançait-il. Nous vivons maintenant dans une nouvelle période de colère religieuse, de rhétorique extrémiste, d’absolutisme évangélique, notre communauté à besoin de se préparer à la guerre de tranchées à l’américaine qu’elle devra livrer contre une nouvelle génération religieuse qui commence à prendre du tonus sur la place publique. »

Il est vrai que les groupes évangéliques ont su largement investir les rangs du Parti Conservateur, leur permettant de s’asseoir sur une base solide dans l’Ouest canadien. C’est probablement pour cette raison que Stephen Harper à posé plusieurs des gestes mentionnés plus haut envers nos communautés afin de consolider et satisfaire cette base. Et c’est ce désir de satisfaire cette base évangélique fondamentaliste qui a fait jusqu’à présent craindre, et avec raison, le pire aux leaders en défense de droits de nos communautés.

Moralité: les électeurs conservateurs divisés
Mais, ironiquement, il se pourrait bien que la donne ait changée maintenant que ce parti détient seul les rennes du pouvoir à Ottawa. Car pour élargir sa base et rejoindre les électeurs des banlieues de Toronto pour obtenir une majorité, les Conservateurs ont du diluer quelques peu leurs tendances vers l’extrême-droite du spectre politique pour rejoindre les électeurs plutôt centristes sur les questions de moralité.

Lorsque l’on regarde les résultats obtenus par la Boussole électorale, questionnaire répondu par près de 2 millions de canadiens, les résultats sont des plus stupéfiants. Si les électeurs Conservateurs sont passablement unis sur les questions économiques, militaires et environnementales, ils sont cependant très polarisés sur les questions de morale.

" Le mariage ne devrait être permis qu’entre un homme et une femme? " Source: www.boussoleelectorale.ca

C’est le cas, notamment, avec la question qui touche directement nos communautés : « Le mariage ne devrait être permis qu’entre un homme et une femme? ». À cette question, on peut voir que la courbe forme une sorte de « M », où ceux qui sont en faveur d’une définition traditionnelle du mariage sont pratiquement aussi nombreux que ceux qui sont ouverts au mariage entre conjoints de même sexe. Une courbe semblable se dessine sur la question de l’avortement. Et concernant l’euthanasie, Oh! surprise! Une large proportion des électeurs conservateurs y serait favorable!

Que devons-nous conclure de ces résultats? Certainement qu’il sera possiblement beaucoup plus difficile aux membres de la droite moraliste du caucus conservateur de faire avancer les dossiers qui leur sont chers. Devant un caucus divisé, celui qui pourrait bien sauver la mise en ce qui concerne les dossiers LGBT pourrait bien être, ironiquement, Stephen Harper, dont le but ultime est de faire du Parti Conservateur le parti de gouvernance naturelle du Canada au 21e siècle, comme l’a été le Parti Libéral tout au long du 20e siècle. Et pour accomplir cet objectif, il devra élargir encore plus sa base en recentrant davantage son parti sur l’échiquier politique, notamment au Québec, province qui lui a largement tourné le dos le 2 mai 2011.

Donc tout n’est pas joué! D’autant plus que la population canadienne a su élire comme opposition officielle le parti le plus largement favorable aux droits des personnes LGBT, soit le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Instigateur du projet de loi c-389 sur l’identité de genre et seul parti comportant une commission LGBT en son sein, nous pouvons nous attendre que ce parti défendra bec et ongle toute attaque conservatrice envers nos droits fondamentaux.

Le rôle des communautés LGBT
Au cours des quatre prochaines années, chacun et chacune d’entre nous devra donc faire preuve d’une extrême vigilance afin que nos droits si chèrement et durement acquis ne soient pas remis en question par ce gouvernement conservateur majoritaire. Nous devons dès à présent nous mettre au boulot et prendre exemple sur l’organisme Égale Canada qui, dès le lendemain des élections y est allé d’un communiqué des plus brillants, reprenant l’argumentaire conservateur pour le retourner afin de favoriser les dossiers LGBT.

« Le  Premier ministre a promis (…) de réduire la criminalité et d’améliorer la sécurité de nos rues et de nos quartiers, a rappelé l’organisme. Pour les membres de la communauté LGBT (…) M. Harper aura l’occasion de « protéger nos foyers et nos droits » en incluant, dans un programme de prévention du crime, des mesures visant à protéger les personnes transsexuelles contre les crimes, les propos haineux et la discrimination, en s’appuyant sur les efforts déployés par le parlement sortant pour reconnaître l’égalité des droits fondée sur l’identité et l’expression sexuelle. Il faudra présenter un projet de loi semblable au projet de loi C-389, et si le gouvernement désire véritablement représenter tous les Canadiens, il lui incombe de faire preuve de leadership à cet égard. »

Maintenir nos droits dans ce Canada résolument plus à droite que jamais sera un combat de tous les jours et nous devons jouer la partie de façon intelligente afin de sensibiliser les tenants de la droite économique et non moraliste que les droits LGBT y ont leur place et faire en sorte que Stephen Harper soit bel et bien le Premier ministre de « tous les Canadiens ».

 

Droits LGBT : avec les Conservateurs majoritaires, il est plus important que jamais de se mobiliser!, 4.0 out of 4 based on 3 ratings
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