Aucun plaidoyer ne saurait soustraire la boxe à son auto-critique. La boxe professionnelle porte encore aujourd’hui les marques d’une homophobie normée. Peut être le noble art devrait-il ouvrir les yeux sur une partie de son histoire.
Un peu d’histoire
Inscrits au panthéon de la boxe, le Hall of Fame, il y a deux noms qui attirent mon attention. Le premier est Panama Al Brown, grand poids coqs de l’entre-deux-guerres. En dehors des rings, il jouait un temps les danseurs de claquettes dans « La Revue Nègre » de Josephine Baker. Et dans la vie de tous les jours, il était l’amant du poète Jean Cocteau.
Le second résonne de manière bien plus tragique. Dans l’univers pugilistique, l’histoire d’Emile Griffith, est peu connue. Même dans le microcosme gay. Pourtant, c’est un des plus grands drames de l’histoire du sport. Dans le New York des années 60, l’homosexualité est l’affaire des déviants et des malades mentaux. Les rumeurs vont bon train sur la sexualité de Griffith, qui est touours resté lui même ambigu.
Emile Griffith et Benny Paret ne s’apprécient guère. Ce 24 mars 1962, leur troisième combat sent la poudre. « Hey pédale, je vais te corriger toi et ton époux ». Rigolard, Paret provoque, roucoule quand Griffith s’avance pour la pesée. « Je n’étais la pédale de personne » confiera-t-il plus tard dans le documentaire « Ring of Fire » qui lui est consacré.
L’histoire retiendra qu’au 12e round, Benny Paret, à bout de forces, est acculé dans le coin. Griffith s’acharne alors sur son adversaire. Son corps s’affesse sur les cordes puis tombe inerte au sol. Plongé dans le coma, le cubain décède dix jours plus tard. Rongé par la culpabilité, Emile Griffith confessera plus tard. « J’ai tué un homme et beaucoup de gens comprennent et me pardonnent. J’aime un homme et beaucoup le considèrent comme un péché impardonnable ».
Aujourd’hui encore, la boxe gay est un tabou, à la marge. Pourtant, ces dernières années, des clubs homosexuels se sont crées un peu partout à travers le monde : San Francisco, Londres, Sydney… En France, le projet a ses fans, mais reste au point mort.
Rencontres
Peter Griggs est un des fondateurs du San Francisco Gay Boxing Club. Entre deux séances de sparring, il ne quitte pas le ring de Lafayette Street, transformé en scène de thêatre. Il y interprète le rôle de Paco, « The Pink Pounder », dans la pièce Killer Queen, l’histoire d’un boxeur homosexuel qui voit sa vie défiler entre les cordes.
Comment vous est venu l’idée de la pièce ?
Les boxeurs homosexuels comme Emile Griffith ont vécu dans un placard toute leur carrière. Moi j’ai voulu donner vie à un personnage efféminé car je pense qu’il représente la majorité de la communauté gay. J’attaque la croyance populaire de l’ypermasculinité dans la boxe.
Comment le personnage vit-il son homosexualité ?
A cause de son coté efféminé, les autres boxeurs ne lui donnent aucun respect. Il est marginal au sein même de la communauté gay, et je pense que c’est ce qui lui donne cette férocité sur le ring. A chaque combat, les insultes homophobes fusent. Il ne peut pas y échapper, même quand il gagne, il est perdant. Dans ses combats, Ce n’est pas un homme qu’il affronte, mais les idées derrière lui.
Quel est le message de la pièce ?
Je pense que la victoire du personnage c’est de savoir ce qu’est être humain, ce que c’est que d’être un homme. C’est en racontant son histoire qu’il obtient le respect. Il y en a peu pour ce genre d’hommes et il faut que ca change.

Boxeur et comédien, Peter Griggs incarne Paco, "The Pink Pounder", au thêatre à San Francisco. PHOTO: L'EXPRESS
Vous imagineriez un boxeur renommé faire son coming out ?
La boxe est le seul sport qui reste encore immaculé aujourd’hui. J’attends ce jour avec impatience. Mais si plusieurs le faisaient, ca changerait probablement le visage de la boxe pour toujours. Le business en prendrait un coup. Si un gay bat un hétéro, vous imaginez l’humiliation… je suis fier de dire que j’ai apporté cette douleur. La boxe gaie est encore un tabou, à la marge, même au sein de la communauté gay..
Pourquoi un club de boxe homosexuel ?
C’est une manière d’affirmer sa différence, de s’opposer à la discrimination et d’ouvrir la boxe à ceux qui avaient des préjugés. Même si on a droit aux regards amusés et aux moqueries. C’est un moyen d’unifier la communauté LGBT (Lesbien, gay et transgenre). Nous voulons créer une ligue pour que la boxe soit à nouveau pratiquée aux Gay Games, les jeux olympiques homosexuels. Le rêve c’est d’entrainer des compétiteurs pour qu’ils aillent un jour défendre le drapeau arc-en-ciel !
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Mitchell Geller au tournoi des Golden Gloves en 1977
Dans la famille Geller, on est boxeur de père en fils depuis trois générations. Dans sa carrière amateur, Mitchell s’est souvent heurté à l’incompréhension. Il fait avec et vit pleinement sa passion pour la boxe. En 1986, il a le plaisir de faire quelques rounds avec Micky Ward, le héros du film « Fighter ». A 60 ans, Mitchell jette un regard plein de vécu sur l’homosexualité dans le monde de la boxe. Témoignage.
En 1976, j’avais 25 ans. Je participais au tournoi des Golden Gloves à Lowell, Massachusets. Un cousin de mon adversaire savait que j’étais gay, nous trainions dans les mêmes bars… Les insultes homophobes ont commencé à fuser dans la foule. J’étais fou de rage, j’avais honte pour mon père qui était dans la salle. Lui se moquait que je sois gay. Un boxeur ne doit jamais céder à la colère. Alors j’ai ravalé ma haine et je l’ai dirigé contre mon adversaire. J’étais calme, déterminé, je frappais durement au corps. Au fil des rounds et des coups donnés la foule s’est tue. Quand j’ai été déclaré vainqueur, plus personne ne m’insultait.
Dans ces cas là, je voulais punir l’adversaire, lui faire payer pour ses mots. Je faisais durer les combats, plutot que d’infliger un rapide K.O. Vers la fin des années 70, j’ai combattu à Boston. J’ai causé à mon adversaire une double-fracture de la machoire. J’ai mis très longtemps à me pardonner.
« De mon expérience, les boxeurs, les entraineurs acceptent aisément l’homosexualité. Les personnes les plus homophobes, celles qui ne peuvent tout simplement pas accepter, ce sont les fans de boxe. Ils vivent si intensément à travers les boxeurs qu’ils admirent, un culte un peu érotique en soi, que l’idée qu’un homosexuel puisse avoir le cran de passer les cordes et se battre avec ses poings les rend fous. Car eux ne le peuvent pas. »











