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Le cercle vicieux

On est partagé entre la consternation et l’incrédulité devant les conclusions de l’étude sur le suicide chez les jeunes homosexuels, qui a été publiée au début de la semaine dernière. Une étude qui, bien au-delà des statistiques, démontre à quel point la jeunesse québécoise et les gens qui devraient, en principe, l’encourager à se libérer des préjugés de ses aînés ont, bien au contraire, tendance, sur ce point, à reproduire leurs comportements les plus consternants.

Il ressort en effet de cette étude que, dès l’école primaire, les enfants ont le réflexe tout à fait naturel d’adopter l’attitude foncièrement homophobe de leurs parents et de ridiculiser voire s’acharner avec malice, en les traitant de « tapettes » ou de « fifis », sur leurs petits camarades qui ne partagent manifestement pas leur engouement pour les sports ou d’autres activités considérées comme viriles. Curieusement, ces mêmes enfants auraient plutôt tendance à trouver normal que des filles participent avec enthousiasme à des jeux de gars, imitant là aussi leurs parents qui sont plus naturellement portés à parler avec une sympathie amusée de leur fillette qui aurait l’allure un peu « tomboy » ou garçon manqué.

On sait maintenant que les choses sont loin de s’améliorer au secondaire au moment où un bon nombre de jeunes homosexuels découvrent avec gêne, horreur ou consternation qu’ils ne sont pas « comme les autres ». Des ados qui, souvent aux prises avec des parents qui ont honte de leur progéniture et cherchent les moyens de les guérir de cette « infirmité », devraient pouvoir trouver à l’école, au moins chez leurs professeurs, un peu de compréhension et de respect à défaut d’une absence totale de préjugés. Or, selon l’étude en question, c’est rarement le cas et les chiffres sur le suicide ne seraient qu’un bien vague indice de la détresse dans laquelle se débattent certains adolescents.

Quand on apprend que, sur 600 écoles, seulement 160 ont accepté d’inscrire les nom et numéro de téléphone d’un organisme comme Gai Écoute dans la liste des services accessibles aux étudiants, on mesure le chemin qui reste à parcourir pour que le milieu scolaire fasse autant d’efforts pour éradiquer les préjugés en matière d’orientation sexuelle qu’on l’a fait sur le plan du racisme ou du sexisme. On sera tenté de rétorquer que, là comme ailleurs, l’école n’est que le reflet de la société. Sauf que c’est peut-être justement là une partie du problème. Car si on ne peut plus compter sur l’école pour contribuer à la faire évoluer on a le droit de s’inquiéter. Et de craindre qu’on continue à tourner en rond. Dans un cercle vicieux.

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