« La première fois, tu ne t’en rendras même pas compte. Tes yeux se poseront tout naturellement sur une autre personne et tu te laisseras envahir par sa beauté. Si tu es aussi jeune que je l’étais quand ça m’est arrivé, tu ne connaîtras alors que la douce brûlure qu’une pareille vue provoque et tu te laisseras aller à la griserie que donne pareil ravissement. »[1] Cette douce brûlure dont il est question, je l’ai ressentie souvent. Depuis longtemps, je posais mes yeux sur les filles sans en avoir conscience. Elles m’intriguaient, m’envahissaient. Mais jusqu’à temps que je lise cet article de Claude Charron, je ne l’avais pas vraiment compris.
Nous essayons tous d’être le plus normal possible, de passer inaperçu mais pas trop. Alors qu’est-ce qui arrive quand on réalise que l’on est différent des autres ? On a peur. Cette peur, elle m’a presque détruite quand j’ai terminé mon secondaire. J’ai eu peur de perdre mes amis, de me faire rejeter, d’avoir une vie future médiocre, et en bout de ligne de n’être rien d’autre à la société qu’une tache. On se dit toujours que le pire n’arrive qu’aux autres et quand quelque chose nous arrive, on se demande « pourquoi moi » ?
Au secondaire, j’ai souvent eu un faible pour certaines filles. Je les regardais avec admiration. J’étais plus intéressée à être avec elles qu’avec mes chums ! J’avais envie de les serrer dans mes bras, de prendre soin d’elles, de les caresser, de dormir près d’elles
Puis je me suis demandée avec effroi un jour si c’était ça l’amour. Même si je savais que la réponse était oui, je l’ignorais. Je l’ai ignorée sans trop de difficulté jusqu’au jour où je suis tombée sur l’article de Claude Charron. C’est à ce moment que j’ai compris. « Une femme m’a dit un jour, au sujet de celle qui l’a révélée à elle-même: « Elle était si belle et si fragile que je n’avais envie que de l’envelopper. Et j’ai découvert que je ne comptais, pour ce faire, que sur mon corps, que je voulais près du sien… » C’était exactement ce que je ressentais. Lorsque je pensais à la fille que j’aimais, j’étais aux anges ! Mais là n’était pas le problème. C’est lorsque je pensais à tous mes proches que j’avais peur.
Cette peur m’a envahit d’une façon si étrange
J’ai peu à peu perdu la motivation d’étudier, de m’entraîner, de passer du bon temps avec mes amis et sans aucun doute, de sourire. Je me suis isolée. J’ai pensé au suicide fréquemment mais sans jamais passer à l’acte. Ce qui m’a sauvé c’est la confiance que j’avais en une amie. Je lui ai confié mon secret et Dieu merci, elle l’a gardé. Elle m’a donné confiance en moi et du même coup, elle m’a encouragée à rencontrer des gens comme moi. J’ai finalement vu la lumière au bout du tunnel. Avec son aide, je me suis fait une copine puis mon cercle d’amis et ma famille ont lentement été mis au courant de la situation. Contrairement à ce que je croyais, ils ont presque tous été très acceptant à mon égard. Alors quand j’ai réalisé que mes amis et ma famille ne me quitteraient jamais pour cette raison, j’ai compris qu’être lesbienne n’était pas la fin du monde ! Maintenant, ce que les autres peuvent bien penser de moi m’importe peu. Je sais que je suis bien, que je suis heureuse et c’est ça qui est important.
Geneviève, je te suis à tout jamais reconnaissante pour ce que tu as fait pour moi.
Jacinthe
[1] Claude Charron. Magazine 7 jours, août 1998.
- Jacinthe
wow très bo texte jai lu l’aticle de claude charron que tu cites et la citation que tu as ajouté a ton article et comment dirais-je …extra , ta raison s’accepter c une chose mais le plus difficile de se faire accepter par ses proches tk je te souhaite du bonheur dans ta vie !!!
Ton article est tres touchant. Une histoire qui se fini bien.
En toi, j’ai l’impression de reconnaitre une amie, ma meilleure amie, qui elle aussi s’est confiee a moi. J’espere pour elle que tout se deroulera aussi bien que pour toi avec sa famille.
Je suis heureuse pour toi.
Bisous