Mambo Italiano: une comédie sans saveur? 1


C’est avec beaucoup d’attentes alimentées par toute une campagne de marketing médiatique que mon copain et moi avons décidé de voir Mambo Italiano : la comédie cinématographique qui devait être le succès de l’été.  Malheureusement pour les promoteurs du film, cette comédie ne sera pas le film tant attendu, encore moins auprès de l’auditoire gai et lesbien.

Ce film est d’abord l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre à succès de Steve Galluccio, traduite par Michel Tremblay.  Il raconte l’histoire d’Angelo, un Italien dans la vingtaine, agent de voyage rêvant de devenir scénariste pour la télévision.  Nino, copain d’Angelo, dans la trentaine est un policier très respecté (contrairement à un comptable dans la pièce originale). Maria et Gino, parents d’Angelo, ont émigré dans les années 50 et se sont mariés juste après leur arrivée dans le « Nouveau Monde », un monde auquel ils ne sont jamais vraiment bien adaptés.  Le monde de Maria et de Gino bascule lorsque leur fils décide de partir en appartement. Cependant, ils sont moins inquiets lorsque Nino, l’ami d’enfance d’Angelo, décide de déménager avec leur fils. Leur bonheur est de courte durée, car Angelo décide de sortir du placard en dévoilant son homosexualité à ces parents, sans l’accord de Nino.  Tout un choc pour la famiglia et Nino qui n’est pas prêt à faire sa sortie.

Jusque là, tout y est.  Une recette gagnante, peut-on croire.  Enfin, une comédie sensible à la thématique gaie!  Détrompez-vous!  Mambo Italiano ne surprend pas et est loin d’être le film tant attendu de l’été.   La pièce originale traite du processus graduel d’acceptation de soi.  Elle comporte un message clair: être fidèle à ce qu’on est. Angelo devra s’assumer entièrement, se défaire de ses propres préjugés afin de devenir « un homme complet ».  De plus, la pièce dénonce le mensonge, le déni, l’hypocrisie et prend parti pour le choix d’Angelo.  Dans le film, on évite pratiquement de parler d’homosexualité.  Le film qui aurait pu avoir un impact social ne va pas si loin.  En fait, pendant le film, on a l’impression qu’on évite à tout prix de parler d’homosexualité.  Même si la sortie du placard d’Angelo reste centrale au film, Mambo Italiano ne contient aucune scène amoureuse entre Angelo et Nino.  Niente!  L’histoire d’amour entre Angelo et Nino est un sujet à peine abordé lequel pourtant important à la compréhension du reste de l’histoire.  Non seulement doit-on deviner qu’Angelo et Nino sont devenus amoureux au début du film, mais aucun baiser, caresse ou autre démonstration affective n’est montré au grand écran.  Comme si être gai était un accessoire.

Contrairement au film, la pièce de théâtre comporte quelques discrètes scènes homoérotiques de bon goût, les meilleures, selon plusieurs.  Dans le film, le spectateur est laissé sur son appétit.  Mais il y a plus, si vous comptez voir le film, arrêtez de lire ici, puisque sa fin mérite aussi d’être critiquée.

En entrevue avec Fugues, Émile Gaudreault, réalisateur du film Mambo Italiano , mentionne : « Les homosexuels sont très souvent des personnages torturés, déchirés au cinéma.  Je voulais donner une alternative à tous ces films déprimants sur l’homosexualité… […] Dans Mambo, je crois qu’on a réussi à montrer, à travers le périple d’Angelo, que l’on peut vivre heureux et gai. »  Ah oui?  Même si le film évite les stéréotypes gais, Mambo Italiano ne projette pas une image si positive et encourageante pour les gais et lesbiennes malgré ce que certains peuvent penser.  À la fin du film, Angelo réussit à s’accepter et à être accepté en tant que gai auprès de sa famille italienne.  La scène lorsque le père serre Angelo dans ses bras est forte d’émotion.  Par contre, Nino, le beau grand policier masculin, n’arrive pas à y faire face.  Il préfère nier sa propre identité en se mariant avec la voluptueuse Pina.  Homophobie intériorisée?  Pourquoi faut-il que ce soit le plus efféminé, le moins beau qui s’accepte en tant que gai, et que le beau, fort et masculin policier « choisisse » d’être hétéro?  À quand un film où on n’aura pas peur de montrer deux hommes s’embrasser tendrement?  Pourquoi Nino n’a-t-il pas pu s’accepter?  N’est-ce pas un plus beau message à passer qu’un message rempli d’hypocrisie et de mensonges?  Comme si l’homosexualité n’était que passagère, facilement évacuable de la tête d’un gars par une fille séduisante.  S’en tenir à cette vision simpliste et réductrice témoigne qu’on a rien compris de la réalité gaie et alimente les mythes.

Mambo Italiano avait une chance en or de faire avancer les choses.  Une chance d’enfin montrer ce que c’est qu’être homosexuel en 2003.  À la place, l’équipe de Mambo Italiano a opté pour une recette commerciale, comme si parler d’homosexualité était devenu un ingrédient comme tant d’autres pour faire de l’argent.

Mambo Italiano, un film décevant… à louer peut-être.

Avez-vous vu « Mambo Italiano »?  Êtes-vous en accord ou en désaccord avec la critique de Marc-Olivier?  Partagez vos opinions avec les autres, cliquez sur l’îcone « Réagis » ci-bas.


Leave a comment

One thought on “Mambo Italiano: une comédie sans saveur?

  • Sacha

    Je trouve que la critique de Marc-Olivier est très sévère. Seul les films grand public rapportent de l’argent au Québec. Or, un film traitant d’homosexualité ne peut pas être considérer comme grand public car il y a encore quelques « matantes » qui sont choquées par la vue de 2 hommes s’embrassant en public. Moi et mon copain nous sommes fait traités de tapettes parce qu’on s’embrassait (rien de bien cochon, très décent.), par une vieille chipie. Peut-importe, je trouve que toute la beauté du fil réside justement dans le fait qu’on voit l’amour mutuel sans qu’il n’y ait baisés ou quoi que ce soit de physique. Et sans que le club de l’âge d’or porte plainte…

    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0 (from 0 votes)