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Du côté de chez nos cousins français, la Gay Pride

Dans les régions françaises, entre les gentilles métropoles de province et les capitales de campagnes profondes, les Lesbian and Gay Prides semblent avoir remporté un certain succès : 7.000 manifestants à Montpellier, 5.000 à Lille et à Lyon (le 14 juin), 3.000 à Bordeaux, 1.500 à Strasbourg, et 500 à Reims. Le thème de la « Tolérance Zéro face à l’homophobie » y est fréquemment revenu, inscrit sur moultes banderoles et pancartes.

Pourtant, malgré l’engouement de certains, d’autres tirent un bilan plus sombre de la dernière édition 2003 des Gay Prides en France :

  • Rivalités entre les associations organisatrices des marches de fierté et la société titulaire de la marque Gay Pride
  • Désaccords multiples entre les associations organisatrices et les entreprises commerciales, …
  • Baisse de fréquentation du défilé : les marches de fierté, de plus en plus réduites en nombre et peu mobilisatrices, ne trouvent parfois plus qu’un faible écho dans les médias locaux, qui ne retiennent que les extravagances et l’exubérance, oubliant les revendications et l’appel mal entendu à une société ouverte
  • L’unité du message que l’on attendait légitimement entre les différentes manifestations à travers la France a laissé place à une constellation disparate de slogans et de revendications. Les parades de chaque ville française ont arboré des thèmes différents les unes des autres. 
  • Force est d’autre part de constater qu’une certaine désinvolture règne dans la rédaction des thèmes et slogans : mal rédigés, mal scandés, donc… peu retenus, peu mobilisateurs et peu effectifs… Que pensez-vous de celui-ci par exemple : « Lesbiennes, gay, bi, trans, fiertés et solidarités » ? Tout un programme, non ?
  • Certaines grandes villes de France (Nice, Cannes, …) ont même renoncé à organiser une marche cette année

C’est la communauté gaie elle-même qui souffre des dissensions qui règnent au sein du réseau associatif allosexuel français : épars et contradictoire, celui-ci s’avère incapable d’avancer une revendication commune et d’afficher une unité qui seule est porteuse de messages et d’espoir.

Seul le Gay Pride de Paris a remporté un succès réel et semble faire encore recette. Organisation plus rigoureuse, meilleure gestion du budget, campagne médiatique plus efficace, mot d’ordre plus concret, … Avec près de 700.000 participants, la « Marche des Fiertés 2003 » à Paris s’est soldée par une forte mobilisation, avec la participation de nombreuses personnalités politiques, dont le réputé maire gay de Paris, M. Bertrand Delanoë, toujours très applaudi.

Pourtant, une certaine morosité s’était installée en ce 28 juin à Paris, ce qui n’a pas échappé aux esprits de bon nombre de participants et spectateurs. Alors que l’importance et l’origine des participants augmentent, les valeurs sur lesquelles est bâti le défilé deviennent relativement ambiguës.

La Marche des Fiertés, c’est un peu comme le concept du Gay Pride, récupéré par des tendances politiques et détourné quelque peu de son sens premier. La Gauche, parti de l’opposition en France, a défilé en tête du cortège, en signe subtil d’opposition au gouvernement de Droite. À vrai dire, peu importe quelles tendances politiques tentent de récupérer les revendications, d’y adhérer du mieux possible, pour finalement les faire servir à leurs fins propres de popularité. C’est l’esprit d’innocence et de joie, qui a fait la popularité des précédentes Lesbian and Gay Prides, qui a malheureusement délaissé la « Marche des Fiertés» à Paris lors de son édition le 28 juin dernier. Alors que des mouvements gay naissent aux quatre coins du monde, que des défilés ont lieu au cours desquels se font entendre de plus en plus ouvertement les revendications de reconnaissance de la communauté gaie, une certaine lassitude tend parfois à s’installer dans d’autres métropoles, comme l’ont montré les défilés de nos cousins français.

Le bilan de ces marches de fierté à Paris et dans les villes de la province française, nous donne une petite leçon de civisme : ne jamais laisser quiconque se déclarer dépositaire de nos droits et idéaux. Il y a peut-être davantage de conscience politique à refuser que n’importe quelle personne ou quel groupe puisse s’approprier les revendications d’un autre, pour profiter de l’éclat de celui-ci à ses dépens…. Faire de la politique, c’est aussi dire soi-même et pour soi-même, ses aspirations et ses rêves… Et, pour faire un peu de politique, je dirais que, pour que la parade de la fierté, en France ou ailleurs, conserve toute sa fraîcheur, sa sincérité, son sens et sa bonne humeur, elle doit rester l’oeuvre des acteurs réels de l’avancement de la cause gaie et de la lutte pour la reconnaissance du droit à la différence : les associations, étudiantes ou communautaires, et les personnes, anonymes ou influentes… Tout le reste n’est que secondaire… Et surtout… Surtout… Refuser les contrefaçons et les imposteurs qui utilisent notre idéal et nos fins comme un moyen en vue de leur gloire propre…Avis à tous les Raeliens…

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