Bonjour Janick,
Merci pour ta question. Je dois t’avouer que c’est un véritable plaisir de répondre à un professeur ; en tout cas, la fait qu’un membre du corps enseignant s’intéresse à cette question, reconnaisse le manque d’information encore trop fréquent en la matière et prenne les devants pour aller glaner l’information,… atteste d’une ouverture d’esprit générale et de plus en plus fréquente.
Les intervenants en milieux jeunesse sont parfois désarmés face au questionnement d’un(e) jeune au sujet de son orientation sexuelle. Je ne dirais pas qu’il y a des recettes pour répondre à ce questionnement, et que prétendre pouvoir donner la solution absolue aux jeunes gais, lesbiennes ou bisexuel(le)s qui se recherchent est illusoire. Mais il y a peut-être une certaine attitude d’ouverture, d’écoute et de disponibilité qui favorise le cheminement de ces jeunes. Le plus important je dirais, ce n’est pas d’avoir la solution, ou de prêcher la bonne parole, mais d’être une personne ressource, un écoutant, si ce n’est un confident, à qui le (la) jeune va pouvoir parler afin de progresser dans son questionnement. Ou, pour dire autrement, même s’il est certainement frustrant pour une personne adulte de se sentir impuissante à aider un jeune en questionnement, on n’est pas là pour écourter le chemin, le rendre plus facile, mais pour donner du courage aux jeunes, montrer que le chemin est difficile, qu’être d’une orientation sexuelle différente pose des difficultés, je ne dirais pas supplémentaires, mais en tout cas d’une nature particulière ; certes, mais parcourir son propre chemin fait partie de la vie. Tout ce que l’on peut faire, c’est faire en sorte que le questionnement du (de la) jeune dont on est la personne ressource soit productif. Et, pour être sincère, l’attitude que tu adoptes (accepter d’écouter cette jeune fille lorsqu’elle se confie) est déjà efficace.
Maintenant il est vrai que l’on se sent mieux armé, plus apte à affronter de telles situations, lorsque l’on a reçu certaines informations sur la question.
Danns une telle perspective, je pourrais te faire part de deux initiatives :
- La formation “Pour une nouvelle vision de l’homosexualité”, donnée par des professionnelles, formation qui dure une journée, démystifie beaucoup de préjugés sur la question, donne des outils pour contrer l’homophoie et des idées d’activités… Clique ici pour savoir comment assister à une session.
- Précisément dans le but d’outiller les intervenants, la direction de la santé publique de Montréal Nord diffuse gratuitement pour les travailleurs en milieu scolaire un coffret d’intervention qui donne des informations très précises sur le sujet, avec des activités clefs en main, pouvant être réalisées en classe et permettant de démystifier, de façon ludique, l’homosexualité et la différence. Clique ici pour savoir comment te le procurer.
Il semble que le point essentiel dans l’attitude de cette jeune fille, c’est qu’elle cherche la reconnaissance, mais d’une manière inappropriée et dangereuse : la provocation. S’exhiber est aussi un moyen pour elle de se protéger par le choc qu’elle inflige aux autres, en même temps que de se faire reconnaître. Pourtant, tu as entièrement raison : s’afficher c’est une chose, s’accepter c’est être bien avec soi-même, ne pas avoir honte de ce que l’on est, au mieux, de pouvoir en parler librement, si on n’a pas peur du regard des autres. Mais une telle volonté ce choquer semble témoigner, à mon sens, du fait qu’elle ne s’est pas encore acceptée. Si elle se sentait bien dans sa peau, elle n’aurait pas besoin d’adopter un comportement excessif. L’excès traduit un mal-être, d’un chemin qui n’est pas encore accompli (loin de là), et de la nécessité de poursuivre un travail. Le travail sera réellement productif lorsqu’elle aura compris qu’elle n’a pas besoin de jouer un rôle pour être elle-même, qu’en tant qu’elle-même, elle est estimable et appréciable.
D’une part, cette jeune fille doit avoir le sentiment qu’elle est seule, seule à être dans cette condition, seule à se questionner, même si elle a une blonde… et de se retrouver entourée d’un mur d’incompréhension. En lançant le coffret d’intervention en milieu scolaire, la DSP a également donné naissance à un nouveau concept : celui d’”allié”. Un allié est une personne qui s’affiche comme déterminée à lutter contre les préjugés liés à l’homophobie, à ne pas les véhiculer et à oeuvrer afin d’en contrer les effets néfastes. Concrètement, un autocollant “allié” se met sur la porte d’une salle, d’un bureau, pour signifier qu’en cette enceinte, l’environnement est exempt d’homophobie. La portée symbolique de ce geste est d’amener à la reconnaissance et de la différence, et de la réalité des jeunes d’orientation non hétérosexuelle (réalité dont l’homophobie fait, hélas, encore partie). Ainsi, un(e) jeune homosexuel(le) qui verra cet autocollant se sentira légitimé et reconnu dans son vécu, dans sa différence. Quant aux autres jeunes, ils auront devant les yeux l’image d’une certaine réalité. Démystifier l’homosexualité passe par ces petits gestes, en apparence anodins, mais en fait très efficaces puisque symboliques. Plus que d’un discours moralisateur, l’être humain a besoin d’images pour comprendre…
Pour pallier lesentiment de solitude que vit cette jeune fille, (je présume), mais aussi pour contribuer à épurer l’environnement scolaire de tout climat homophobe (l’homophobie peut passer aussi par un certain silence autour de la question, alors encore taboue…), il est très productif de réaliser des activités de groupes, ludiques, ou les jeunes sont appelés à voir en face leurs propres préjugés, à s’exprimer sur des questions qui les dérangent. À partir du moment ou un sentiment diffus est mis en situation, exprimé par quelqu’un, il n’est plus de l’ordre du préjugé et il est, de là, possible de le mettre en perspective et de progresser. Encore une fois, le coffret d’intervention donnera, clef en main, certaines activités à réaliser en classe.
Il est aussi possible de demander aux travailleurs du GRIS de venir faire une intervention dans votre établissement. Le mandat du GRIS est précisément de venir faire de la démystification en milieu scolaire. Clique ici pour connaître comment les contacter.
Pour ce qui est de l’attitude provocante de cette jeune fille, je ne serais pourtant pas partisan d’une attitude laxiste enverselle. Étant moi-même enseignant, j’ai dû reconnaître qu’une certaine sévérité est parfois nécessaire pour aiguiller les élèves. Je ne parle pas de mesures répressives (quand même pas! Ou pas nécessairement, sauf si elle va trop loin…), mais il s’agirait, pour son propre bien, de lui montrer que la provocation et l’exhibition, loin de servir son affirmation, la desservent… Que les shows en public ne la définiront pas comme homosexuelle, mais comme personne peu estimable. Être d’orientation homosexuelle n’autorise pas cette attitude, ne l’enterrine pas… Au contraire. Je dirais même que, pour le bien de la reconnaissance gaie et lesbienne, il serait préférable qu’elle n’agisse pas de la sorte. Elle est en train de faire fausse route. Elle croit s’affirmer, mais joue contre son camp, si je puis dire. Tout ceux et toutes celles qui oeuvrent dans le communautaire pour la reconnaissance de l’homosexualité et de la différence, tentent de mettre à terre le préjugé qui identifie l’homosexualité avec la perversion. Cette jeune fille, mais les erreurs de parcours sont heureusement permises, colporte ce préjugé en présentant (et imposant ) une image inadéquate d’elle-même. Pour son propre bien donc, je lui signifierais son erreur, et l’encouragerait à poursuivre son cheminement, de manière productive cette fois.
Il n’est pas forcément besoin d’une intervention à la manière d’une psychothérapie pour cheminer. Il me semble que rencontrer des semblables, faire un petit détour par les autres, ne peut qu’aider un individu à mettre ses problèmes en perspective, à prendre la distance nécessaire pour mener à terme son questionnement, et trouver une réponse sous la forme d’un choix de vie. Encore une fois, le pire ennemi de cette jeune fille, et de toutes les personnes qui se questionnent, c’est l’isolement. Cette jeune fille n’est pas seule, et pour qu’elle le comprenne bien, je l’encouragerais à aller dans des groupes de discussion et d’activités ou d’autres jeunes pourront lui servir, sinon de modèles, tout du moins de témoins, de miroirs, de révélateurs.
Pour contacter de tels groupes, cette jeune fille peut aller au Projet 10, qui offre un service d’écoute téléphoniques, des consultations individuelles, des drops in anglophones et francophones, ainsi que des groupes de discussions pour filles le lundi. Clique ici pour connaître leurs coordonnées.
Il y a aussi l’assocation Jeunesse Lambda dans laquelle je travaille personnellement, un groupe d’activités et de discussions pour les jeunes de 25 ans et moins, qui propose des activités tous les vendredis en vue de la socialisation : 514.528.7535 ou jeunesse_lambda@yahoo.ca, www.algi.qc.ca/asso/jlambda. Pour toute autre information, concernant les groupes notamment, il est possible d’appeler Gai écoute. Je te conseille aussi de visiter notre section “Réseau d’Entraide” qui contient une tonne de ressources classées en catégorie.
Pour résumer, c’est autant un travail au niveau de l’environnement qu’il faut réaliser (formation des enseignants, divulgation des informations contenues dans le coffret, activités de démystification au niveau des élèves, …) qu’un cheminement de cette jeune fille, cheminement qu’il faut (par une attitude ouverte , quasi neutre, sans forcément prendre position : un allié n’est pas militant…) encourager à poursuivre.
Je terminerais en disant que, si cette jeune fille se sent seule, peut-être que toi aussi tu dois ressentir un sentiment d’isolement… Ce qui est d’autant plus admirable d’accepter d’aider quelqu’un lorsque l’on sent que l’on n’a pas toutes les ressources pour le faire. Je pense qu’avec les pistes que je t’ai données (formation, coffret, …), tu devrais être davantage armée pour faire face à ce genre de questionnement.
Merci beaucoup, et d’avoir visité le site AlterHéros, et d’avoir posé ta question très pertinente au demeurant, et (encore) pour les compliments sur le site, et (enfin) tout simplement, pour ton ouverture d’esprit, ta volonté d’en connaître plus sur la question quand bien même ce n’est pas ton domaine de prédilection. C’est en adoptant une attitude comme la tienne que l’on pourra continuer à avancervers une société respectueuse des différences. Merci pour cela. N’hésite pas à nous recontacter. Amitiés.
David Bertet
Président Jeunesse Lambda
Collaborateur pour AlterHéros