Jusqu’à tout récemment, j’étais convaincu qu’on faisait tout un fromage de rien du tout. Le coming-out? Voyons, avec l’ouverture légendaire des québécois, c’est une simple formalité ! (n’ai-je pas moi-même rencontré aucune forme de résistance lors du mien?) Un couple d’homosexuels dans la rue? Il y a longtemps que j’ai entendu dire autre choses qu’ils étaient pas mal cute!
Erreur de ma part?
Erreur de ma part!
Elle s’est déclarée un jour tranquille, alors que j’avais fait je ne sais trop quelle connerie, et qu’un ami à moi, pas homophobe pour un sou (ou si peu…), s’est écrié :
« Sti que t’es fif, men!
- Ben… ouais!
- (rires) »
Un mot. Fif. Comme me l’as si expressément expliqué mon ami : « Tsé, là, ça veut pas vraiment dire homosexuel, c’est plus comme une genre d’insulte, comme si j’te disais que t’étais con… capich? ». Ouais. Capich. Sauf que, voyez-vous, un « con » ne fait pas référence à une différence fondamentale d’une personne. Ni à un groupe. En fait, quand tu traites quelqu’un de con, tu ne peux pas stigmatiser personne autour qui va se dire : « Ha non! Moi aussi je suis con! C’est mal? Vite, faut le cacher, j’veux pas que ça paraisse! ». C’est très volatile, être con. Homosexuel, par contre, c’est plutôt là pour rester.
« Ben là! Tsé! Capote pas, là, c’est juste une INSULTE! »
Ouais. C’est vrai que ça me dérange pas trop de me faire traiter d’homo, étant donné que je trouve pas ça vraiment péjoratif. Mais je sais que ça enseigne à un paquet de monde à avoir peur des gais, qu’à force de faire des blagues sur le sujet on finit par se croire, qu’il y a des gens qui s’amusent à aller pitcher des roches aux homosexuels qui forniquent dans les buissons (authentique), qu’un jeune qui se sent différent se sent mal dans sa peau et qu’un jeune mal dans sa peau peut aller se pitcher en bas d’un pont quand ça va trop loin (un garçon homosexuel a 16 FOIS plus de chance de se suicider qu’un jeune hétéro… !). Bref, dire à quelqu’un « qu’yé vraiment trop tapette, yo! », ça peut avoir pas mal plus de répercussion qu’on pense.
Et l’homophobie, même pour ceux pour moi qui en sont épargnés (« T’es correct, toi, man, ça paraît pas trop. Mais les asti d’folles au centre-ville, tu trouve pas ça vraiment dégueux? ») est encore trop présente. J’aimerais bien voir un couple de garçon à mon école s’embrasser sur l’heure du midi dans les casiers. J’aimerais bien qu’on cesse de me considérer comme LE gay de mon école (remarquez, ça apporte aussi quelques avantages…). J’aimerais bien ne plus jamais entendre « T’es malade, men! Les amis, c’est correct, mais ma mère, elle va m’envoyer à l’hosto! » ni « sti que t’es fif, men! ».
On en parle beaucoup, on s’en sort un peu, mais j’ai pas mal hâte d’être débarrassé de la question. Qu’on aille plus à faire de sensibilisation parce que « voyons, messemble que c’est évident que c’est normal, men! Sti qu’t’es con d’l’insulter! ». Faites-moi plaisir : Donnez-moi une date?
- Miguel








Hey! C’est vraiment vrai ce que tu dis… Je jase souvent avec mes amis “str8″ et ils disent souvent “ah c’est gai” ou “cé ben fif”, pis tout de suite après “s’cuse Mathieu c’est pas toi qui j’voulais insulter, mais c’est juste un qualificatif pour dire que c’est niaiseux” ou autres choses dans le genre… Personnellement, je ne suis pas insulté, mais je pense au p’tit secondaire 1 qui vient de découvrir son orientation sexuelle, qui s’accpete pas en tant qu’homosexuel et qui se fait dire par un de ses camarades de classe: “hey té ben fif”… Je sais c’est quoi et ça fait mal croyez moi!! Touka, vraiment bon ton texte Miguel!! Tcho là!
Je dois ajouter que le phénomène de « come on, c’est rien qu’une insulte » existe réellement! Je suis en résidence à l’université Laval à Québec et mon voisin, qui sait que je suis gay, m’a déjà dit, après avoir dit de quelqu’un qu’il était « fif » que ca avait rien à voir avec l’homosexualité. J’étais comme divisé entre vouloir continuer de l’ostiner et le découragement, de constater que le fond de sa pensée était vraiment coincé à ce raisonnement stupide et borné.
De nos jours, il est devenu inacceptable d’employer les termes « nègre » ou « juif » en tant qu’insulte. Pourtant, l’homosexualité est toujours très en actualité, particulièrement en région… C’est lamentable…
Très bon texte! C’est vrai ce que tu dis. Je m’en rends bien compte que le monde écoeure en traitant de fif mais qu’en fait ils ont rien contre, que ça ne les dérange pas tant que ça. Même s’il faut pas croire que l’homophobie est disparue, il ne faut pas dramatiser non plus, de plus en plus de jeunes sont ouverts. Tk, faut pas désespérer, peut-être qu,un jour ce sera encore mieux…