Je crois que tout à commencé par un rêve… ou alors simplement une conviction aussi sourde que profonde. À 6 ans, j’aimais les femmes. Tout était simple pour moi à ce moment, j’étais un chevalier et elle une douce princesse à défendre.
À la maison cependant, je n’étais plus un chevalier, je redevenais une petite fille un peu trop garçon manqué aux yeux de ma mère. Déjà tout jeune, je tenais mon bout pour avoir l’air d’un vrai petit garçon. Un beau jour j’ai eu droit d’avoir les cheveux courts et dans ma tête la dernière barrière venait de tomber : j’étais un garçon. J’étais tellement fier, pourtant ma mère semble s’être fait une joie de me rappeler que je ne serais jamais un garçon et que le Père Noël ne me donnerais pas de pénis pour Noël. C’est peut-être ce jour qui a inscrit dans mon coeur la douleur d’être perçue comme une fille alors qu’il n’en n’était rien. Durant les années qui ont suivies, je me suis plongé dans un beau monde imaginaire où les mirroirs de mon adolescence me renvoyaient l’image que je voulais projeter.
Un jour j’ai appris le mot lesbienne. Un jour on m’a parlé des lesbiennes. On m’a dit qu’elles aimaient jouer au hockey, on m’a dit qu’elles aimaient ressembler à des hommes et on m’a dit… qu’elles aimaient les femmes.
Quand la vie nous brûle à chaque jour, quand chaque mirroir te trahi, tu ne te poses pas de questions. Je me suis plongé à fond dans mon rôle de lesbienne oubliant ainsi des années de convictions.
Il a fallu une séparation pour me rendre compte que je mentais, que je ME mentais. Tranquillement ma vraie identité refesait surface et elle me faisait peur. J’avais trop de rêves, trop de buts dans la vie pour mettre une croix sur tout ça. Je ne voulais pas devenir sans emplois, je ne voulais pas me contenter de n’importe qu’elle job plus tard… alors comme un enfant qui en calle un autre dans la piscine, je renvoyait Alex dans le trou ou ma mère l’avait jadis jeté.
Un autre beau rêve est venu : celui d’avoir un enfant avec ma conjointe. Nous nous sommes essayés à quelques reprises. L’enfant n’est pas venu, mais l’appel de la vérité s’est fait entendre lui : “Tu ne veux pas être une mère… tu veux être un père !”.Oh oui… je voulais tant être un père, je savais que le rôle de mère n’était pas pour moi… mais comment on dit ça ?
Il y a quelques mois, je suis retourné au Cégep. Dans notre technique on travaille énormément sur nous-même. Plusieurs travaux m’ont amené à me poser des questions. Les profs disaient: “Soyez authentiques” et une voix en moi disait :”Menteur ! Tu leur mens tous !”.J’avais mal… je rentrais chez moi complètement vidé et l’esprit tourmenté. Plus mon côté masculin riait de ma lâcheté et plus il prenait de place. Du coup mon prénom est devenu une insulte. Chaque fois que j’entendais :”Elle a dit…” ou “Elle fait” c’était comme si on me transperçait d’un poignard. Je n’en pouvais plus… alors j’ai laissé toute la place à Alex et j’ai entamé les démarches pour changer de sexe.
4 mois se sont écoulés depuis le début de mon cours et il y a maintenant 1 mois que je prends des hormones. Je suis heureux, je recommence dans la vie. J’ai pris conscience que jusqu’ici ma vie n’avait été qu’un grand compromis entre ce que je voulais être et ce que je me donnais le droit d’être. Je m’amuse avec tout maintenant et j’accepte l’image que le mirroir me renvoie. Cette image n’est pas parfaite, mais elle est vraie et elle change. Chaque nouveau poil au menton me comble de joie et quand on m’appelle Alex, ça sonne comme un cadeau. J’envisage la vie avec une nouvelle sérénité car je me suis trouvé.
Alex, Saint-Hyacinthe
letaniere@netscape.ca
- Alex
Merci beaucoup Iseult… tu vois, même si mon chemin de vie n’a pas été facile, il reste que ça m’a rendu plus fort. Les épreuves nous rendent plus aptes à affronter la vie donc pour cette raison, je n’aurai voulu pour aucune raison, avoir un parcour différent et aujourd’hui les choses vont vraiment bien… je suis trrrrrès heureux !
Même si rien n’est évident dans ton cheminement je te félicite. Un jour tu seras un phare et ta limière brillera!
Iseult