Jean-Paul II : un bilan mitigé 1


Le pape Jean-Paul II n’est plus. Samedi soir à 21h37, heure de Rome, s’éteignait Karol Wojtyla (de son vrai nom) à la suite de longues souffrances. La santé de celui-ci s’était passablement détériorée depuis quelques jours.
La nuit précédant sa mort, Jean-Paul II avait été placé sous respiration artificielle après un arrêt cardiaque. Il souffrait d’une infection urinaire compliquée par une infection interne généralisée appelée septicémie.
Les problèmes de santé du souverain pontife n’étaient pas récents. En février, Jean-Paul II avait du être hospitalisé à deux reprises pour des crises d’étouffement. Il a aussi subit une trachéotomie pour soigner ses problèmes respiratoires. De plus, la maladie de Parkinson dont il souffrait depuis plusieurs années l’avaient passablement affaiblit. Voici un bilan critique de son pontificat.
 
Un homme de grands paradoxes
Comment expliquer que cet homme si engagé et ouvert sur le monde ait conservé malgré tout un conservatisme rigoureux sur toutes les questions d’ordre moral?
D’un côté, Jean-Paul II s’est fait le défenseur des plus démunis. Il a prêché pardon, justice, paix, tolérance religieuse et s’est engagé dans des causes humanitaires. De l’autre, il est resté intransigeant sur toutes les questions d’ordre moral. Ses positions sur le divorce, l’homosexualité, la contraception, l’avortement, la chasteté avant le mariage, le lien indissociable entre sexualité et procréation et le célibat place l’Église catholique en marge de tous les nouveaux phénomènes sociaux vécus par l’Occident.
Fait troublant : jusqu’à sa mort, il s’est toujours opposé à l’usage du condom dans les relations sexuelles, malgré toute la problématique largement connue du Sida dont de nombreux pays en développement souffrent abondamment, surtout en Afrique.
Plusieurs dénoncent aussi la place réduite qu’on réserve aux femmes au sein de l’Église, par leur impossibilité d’accéder à la prêtrise. À ceci, Jean-Paul II répond que bien que la femme soit égale à l’homme, elle doit tout de même se concentrer sur un autre rôle, celle de la maternité, un rôle qui doit se refléter dans l’ensemble de sa vie à ses dires.
 
L’avenir
L’Église jouit encore d’un fort prestige moral auprès de la population. Cependant, elle devra se moderniser pour regagner les fidèles perdus par le déclin de la pratique religieuse relié en bonne partie à l’anachronisme du discours religieux véhiculé.
Le concile de Vatican II tenu en 1963 a mené à plusieurs réformes importantes au sein de l’Église. La doctrine chrétienne actuelle est issue de Vatican II. L’idée d’avoir une réforme à l’époque était intéressante et certainement pertinente, mais est-ce que les réformes de Vatican II sont allées assez loin? Ne faudrait-il pas avoir un Vatican III pour régler toutes ces questions d’ordre moral une fois pour toute dans un sens moderne et non médiéval?
Une chose est certaine, l’église catholique devra se pencher éventuellement sur des questions comme le divorce, l’homosexualité, la contraception, l’avortement, la chasteté avant le mariage, le lien sexualité/procréation, le célibat des prêtres et la place des femmes.
Pendant combien de temps, une institution aussi prestigieuse peut-elle se permettre de rester idéologiquement et de façon volontaire en marge du monde dans lequel elle vit? Le catholicisme possède en elle les germes du mal ou du bien. Elle peut jouer un rôle important mais pour ce faire, elle doit arrêter de s’enfermer dans son conservatisme, comme un adolescent frustré s’enfermant dans sa chambre en disant à tout le monde qu’ils ne le comprennent pas et que lui seul détient la vérité.
Oui, Jean-Paul II a fait de belles choses, loin de là l’idée de vouloir le démoniser, on peut lui reprocher beaucoup de choses mais il était humain comme tout le monde avec ses qualités et ses préjugés. Maintenant, quelle sera la vision de son successeur? Il ne reste qu’à espérer qu’on assistera à une véritable ouverture sur notre monde. Mais d’ici-là, retraçons les grandes lignes du règne de Jean-Paul II.
 
Un pontificat unique en son genre
Le pontificat de Jean-Paul II a été unique à plusieurs chapitres. Il a été le seul Polonais de l’histoire à accéder au trône sacré et le premier non-Italien à devenir pape depuis 455 ans. Au cours de son long règne de 26 ans, il a acquis la réputation de « pape voyageur ».
Celui-ci a en effet visité de façon officielle plus de 100 pays et fait plus de 200 visites à l’étranger à titre personnel, probablement plus que n’importe quel autre pape dans l’histoire. Il n’a pas craint de visiter même les pays les plus hostiles à son égard, au risque d’en payer le prix par la suite. Il a été d’ailleurs victime d’un attentat en 1981 à la place Saint-Pierre de la part d’un ressortissant turc. Par la suite, il sera toujours contraint de se déplacer dans cette légendaire « papemobile ».
 
Un homme de paix
Il faut donner du crédit à Jean-Paul II, il n’a pas eu peur d’aller visiter des coins de la planète peu accueillants, à cause de conflits armés, où des pays hostiles à son endroit. Au cours des années, il a visité des pays comme le Zaïre, le Rwanda, le Soudan, la Bosnie-Herzégovine et le Liban, pour ne citer que ceux-ci. Il a visité la Pologne communiste à trois reprises (1979, 1983 et 1987), l’Amérique centrale et Haïti (1983).
À chaque fois, il a plaidé pour les droits de la personne, à Cuba, où il a notamment condamné l’embargo auquel est soumise l’île communiste (1998) ou au Proche-Orient, où il a appelé au dialogue entre les peuples et les religions (2000).
Ses visites au Proche et Moyen Orient en 2000 ont beaucoup fait parler. En plus d’être une des régions du globe les plus explosives, il était le premier pape a y mettre les pi
eds depuis 1964. Il pressa les trois grandes religions monothéistes à dialoguer dans un esprit de paix. Il visita aussi l’Égypte où il a tenté de rapprocher les musulmans et catholiques orthodoxes. Sa visite au mémorial de l’Holocauste de Vad Vashem est l’un des moments forts de son périple.
Ayant lui-même perdu des amis juifs lors de l’occupation allemande de la Pologne durant la Deuxième Guerre mondiale, il a prié pour les millions de Juifs exterminés par les Nazis. Il prononcera aussi un discours de réconciliation entre les deux religions. Un peu plus tard, il ira se recueillir au mur des Lamentations. Il y a déposé une note pour exprimer le regret pour la persécution des Juifs par l’église catholique à travers l’histoire.
 
Le chef d’État engagé
Mis à part l’aspect religieux, Jean-Paul II a aussi joué un rôle important au niveau politique. Il a pris la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU en 1979 et 1995, l’UNESCO en 1980 et le Parlement européen, en soutenant l’arrivée au pouvoir d’un régime démocratique aux Philippines, en jouant les médiateurs entre le Chili et l’Argentine en 1979, en demandant aux États-Unis et à l’Irak de trouver une solution négociée à la guerre du Golfe de 1991, en signant un accord avec Israël en 1993, en appelant à la paix en Bosnie-Herzégovine en 1994-1995 et en appelant au dialogue pour dénouer la crise israélo-palestinienne en 1982, 1984, 1989, 1997 et 2000. En 2002, il devient le premier pape à s’adresser au Parlement italien, où il parle en faveur d’une intégration des principes chrétiens dans les pays de l’Union européenne et dénonce le terrorisme international. En 2003, il se prononce contre l’intervention américaine en Irak.
Usant d’un audace qui provoquera parfois la controverse, il a gardé contact régulièrement avec des leaders politiques ouvertement contestés par une bonne partie de la communauté internationale tels le chef de l’OLP Yasser Arafat, le général chilien Augusto Pinochet ou le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Il a pris position constamment sur les droits de la personne ou sur le partage des richesses avec les pays en développement. Anticommunisme notoire, il n’en a pas moins dénoncé les excès du capitalisme occidental.
On reconnaît à Jean-Paul une certaine responsabilité dans la chute du communisme en Europe de l’Est, notamment dans son pays natal, la Pologne. S’étant lui-même opposé au gouvernement communiste du pays alors qu’il était archevêque de Cracovie, les autorités politiques ont vu d’un mauvais œil son élection comme souverain pontife.
Très populaire auprès de la population, il n’hésitera pas à soutenir le principal mouvement d’opposition au régime, le syndicat Solidarité, en appuyant les revendications des grévistes et en soutenant le syndicat en 1980. Il a même demandé à Léonid Brejnev, leader soviétique, de respecter la souveraineté de la Pologne.
 
 
Voici quelques liens :
 
Jean-Paul II
La succession de Jean-Paul II :
La vie de Jean-Paul II en images :
 
Église catholique
The Papacy : http://www.time.com/time/daily/special/papacy/index.html                                         


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One thought on “Jean-Paul II : un bilan mitigé

  • Izquierda

    Le Pape Jean-Paul II est un meurtrier idéologique. Il est tout à fait irrsponsable de la part d’un chef d’État ou religieux de se positionner contre le condom alors que c’est la seule arme efficace contre le Sida. Pire, le pape a même appuyé la position et les campagnes effectuées par les évêques Africains affirmant que les condoms laissaient passer le virus… Quant à moi, ces gestes sont carrément un crime contre l’humanité. Quand des millions de fidèles se basent sur vos enseignement et position pour agir, l’on est responsables de l’influence que l’on a. Et jamais je ne pardonnerai au pape d’avoir comparé récemment l’avortement à l’Aulocoste…. C’est une très bonne chose qu’il ait trépassé…

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