En parcourant les anciennes manchettes d’AlterHéros, je suis tombé sur un article de mon collègue David Bertet, Savoir regarder derrière le masque. Avec exaltation, il nous donne ses réflexions et opinions sur « la fausseté présumée du milieu gai » : masques, authenticité, profondeur, mystère, amour et amitié jalonnent son discours.
Les stéréotypes gais font partie de ces sujets hautement inflammables, capables de réagir violemment avec quasiment n’importe qui… Et je n’y fais pas toujours exception! C’est donc avec le plus de tact et raisonnement possible qu’il faut approcher cette boîte de Pandore…
Difficile de ne pas porter jugement
David s’est exprimé avec tellement d’éloquence que je n’ajouterai rien à ce qu’il a dit. Je me contenterai tout simplement d’aborder le sujet sous un autre angle.
Selon le Trésor de la langue française, un stéréotype est une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir. » Un stéréotype n’est donc pas une vérité, elle n’est qu’un simulacre – plus ou mois fidèle, voire sans aucune similitude – de la vérité qu’elle tente d’incarner…
Stéréotype est sœur de préjugé. En tant qu’être humain, il est très difficile de ne pas porter jugement sur autrui – que ce soit un individu, communauté ou même, une ethnie entière. Au fil du temps, nous accumulons un certain bagage d’expérience et de connaissances fonctionnelles et émotionnelles qui construisent le fondement sur lequel nous portons nos jugements – bagage qui n’est pas toujours accumulé volontairement.
La page blanche qu’était notre vie lors de la naissance s’est métamorphosée en livre, et comme le dicton le dit : il ne faut pas juger un livre par sa couverture!
Faire volte-face
Alors à la place de trouver qui a raison ou pas, de s’interroger sur la véracité des stéréotypes qu’on donne aux gais, au Village, aux lesbiennes, aux hétéros, aux femmes, aux hommes, finalement – à ci, à ça, à n’importe qui et n’importe quoi, il serait peut-être temps de faire volte-face et de s’attarder à d’autres questions.
« Il me fallait inventer l’histoire, le lieu, les personnages, les héros, capables de donner le change et propre à flatter ce goût de reconnaître que le public préfère à celui de connaître, sans doute parce qu’il exige un moindre effort. », commente Jean Cocteau dans l’Aigle à deux têtes.
Apprenons à connaître avant de juger – reconnaître. Même si jugement devait être subséquemment porté, qu’il ne soit pas gratuit et qu’il provienne du cœur et de la tête, non de préjugés (ayant pour source l’ignorance) ou d’idées préconçues (gracieuseté de nos chers amis les stéréotypes).
Connaître, c’est avoir trouvé une clairière dans la forêt, et savoir – sans vouloir reculer – qu’au-delà nous trouverons ronces parmi sentiers, mais aussi ruisseaux menant à des rivières… Avec la connaissance, vient bien souvent l’émerveillement – et apprécier, c’est s’émerveiller et se laisser émerveiller, de et par la beauté dans tous les (ses) détails oubliés.
Le droit au secret
« Lorsqu’on est lié d’amitié avec quelqu’un, on l’aime et le respecte, non pas parce qu’il dévoile toute sa vérité, ne cache rien et se livre en tout. Un ami, c’est celui dont on accepte jusqu’aux mystères. Lorsque l’on est en amour, on aime l’autre pour ce qu’il recèle, ses trésors, pour la profondeur qu’il (elle) détient en son sein, pour ses promesses… », écrit David.
Très belle pensée, qui me fait penser à ce qu’a écrit Marina Tsvetaeva (prononcé « tsvétAïéva »), un des plus grands écrivains du XXe siècle : « Le droit au secret. Il faut respecter cela. Surtout lorsqu’on sait que le secret est une nécessité de naissance, née avec l’autre, qu’il est sa respiration. Les noms n’ont rien à voir ici. Un peu de sagesse, ne nomme pas (ne demande pas). »
J’ai la ferme conviction que tout le monde a son passé, une histoire, que tout le monde ne connaît pas nécessairement et dont le dévoilement n’est ni droit ni privilège… mais une découverte. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde est merveilleux et profond non plus! Mais quelqu’un n’est pas tout le monde…
Alors la prochaine fois que vous irez dans le Village, et que vous croiserez un des ces clones gais ou encore d’autres exemples de ce que les grands médias nous font avaler – de force – à la petite cuillère, et que vous vous direz peut-être, « Mais de quel superficiel!!! », posez-vous aussi la question : « Qui et que suis-je pour pouvoir juger autrui? »


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