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L’intersexualité : combattre un monde binaire et sexiste

Selon les croyances traditionnelles de nos sociétés occidentales, nous naissons soit en tant qu’homme ou femme. Cette vision du monde serait conditionnée par des motivations sexistes et un système binaire profondément ancré dans les esprits selon les dires de Joëlle-Circé Laramée, vice-présidente de l’Organisation internationale des intersexué(e)s (OII).

Mais qu’est-ce que l’intersexualité? Est-ce que notre société est sexiste de nature? Les personnes intersexuées font-elles l’objet régulièrement de violations de droits humains? Y a-t-il des coupables? Le Québec et le Canada sont-ils meilleurs qu’ailleurs? C’est ce que nous allons explorer à travers le contenu d’une conférence donnée tout récemment par Mme Laramée à l’Université McGill et à la suite d’un bref entretien avec elle.

« Intersex, Sex and the Binary System »
Le vendredi 11 novembre, à l’invitation de Queer McGill et dans une mini salle de conférence bondée de l’Université McGill, Joëlle-Circé Laramée a exposé ses expériences personnelles, sa vision du monde ainsi que les moyens pour le changer afin que les personnes intersexuées soient finalement acceptées en tant que personnes normales.

À travers sa conférence qui s’intitulait « Intersex, Sex and the Binary System » (Intersexualité, sexualité et système binaire), son but avoué était de sensibiliser davantage la population étudiante à des problèmes cruciaux vécus par les personnes intersexuées et à toutes leurs revendications dont on commence à peine à en explorer l’impact dans notre société.

Qu’est-ce que l’intersexualité?
Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une personne intersexuée? Le plus grand stéréotype véhiculé sur l’intersexualité est qu’une personne possède deux appareils génitaux. Ça n’a généralement rien à voir avec l’appareil génital d’une personne, puisque très peu de personnes en possèdent entièrement deux : la situation s’apparentant le plus souvent à cet état serait une personne avec un pénis et une ouverture vaginale (sans que ce soit un vrai vagin fonctionnel).

L’OII affirme qu’il existe peu de cas documenté d’une personne née avec les appareils génitaux male et femelle pleinement développés. La grande majorité des intersexués ont des organes génitaux qui ont vraiment l’air d’être typiquement mâle ou femelle, alors qu’une minorité ont des organes atypiques.

On n’y retrouve pas non plus qu’un modèle. Il existerait environ 75 formes d’intersexualité. Environ un enfant sur 2000 né dans le monde présentera potentiellement des traits intersexués. De plus, il ne faut pas non plus associer transgendrisme ou transsexualité à intersexualité, deux phénomènes qui seraient complètement dissociés.

Les médecins, grands complices du système
L’idée d’un système binaire renvois à cette idée préconçue selon laquelle tout le monde naît soit homme ou femme. Cette idée qui s’est perpétuée à travers les âges s’est solidifiée tel un système idéologique. Mme Laramée affirme que bon nombre de médecins se font complices de ce système binaire en déterminant eux-mêmes le sexe d’un enfant intersexué selon la taille du pénis mesuré grâce à un outil nommé Phall-O-Meter.


Source : Joëlle-Circé Laramée

Vous avez un exemple ici de cet instrument. La zone mauve (celle du centre) représente la zone critique où les médecins ont le droit de mutiler. Donc, pour les organes en bas de 1 pouce, l’enfant devrait être mutilé pour être forcé de vivre en tant que fille. Pour les organes de plus d’un pouce, le problème ne se pose pas, l’enfant est automatiquement un garçon.

Les médecins forceraient donc les enfants intersexués à s’identifier à un sexe qu’ils n’ont pas choisi. Or, il s’avère que l’intersexualité ne concerne pas que le corps des personnes mais aussi la façon dont elles se perçoivent à l’intérieur de leur corps. L’identité de genre serait donc une part cruciale de l’identité de chacun. Seulement cibler le genre comme facteur d’identification d’une personne réduit celle-ci aux seuls aspects physiques de son corps tout en négligeant la propre perception qu’elle a de son corps et d’elle-même.

Un mouvement naissant
C’est ce que l’Organisation Internationale des Intersexué(e)s tente de combattre depuis 1998. « On tente de combattre cette vision binaire traditionnelle du monde par la sensibilitation et l’éducation. Étant donné que ce mouvement de revendication est tout récent (quelques années), il faut tout d’abord se faire connaître et pour l’instant, à part l’OII ou l’ISNA (Intersex Society of North America) ou le RIFE (Réseau des Intersexué(e)s Francophones d’Europe), très peu d’organismes existent pour assurer cette mission », souligne la vice-présidente de l’OII.

Selon Joëlle-Circé Laramée, très peu de progrès a été fait au niveau de la perception sociale des personnes intersexuées. « Au niveau de la vision pathologique des choses, il y a eu du progrès mais, malgré tout, à chaque jour les médecins effectuent en moyenne cinq mutilations aux organes génitaux de personnes intersexuées. », dit-elle.

Par son travail de sensibilisation, l’OII dénonce vigoureusement et cherche à faire interdire les mutilations et permettre ainsi à l’enfant de choisir sa propre sexualité à partir de l’âge de 12 ans. L’organisation est aussi un outil visant à donner une voix aux différentes personnes intersexuées.

« Les deux thèmes centraux au cœur de notre dénonciation sont le sexisme, c’est-à-dire toute forme de discrimination basée sur le sexe d’une personne ainsi que ce fameux système binaire qui n’accepte aucune condition intermédiaire à part le fait d’être homme ou femme », affirme Mme Laramée.

Journée de solidarité intersexuelle
Après avoir lu un ouvrage sur la vie d’Herculine Barbin, personne intersexuée connue du 19e siècle q
ui s’est suicidée après avoir été forcée, par les autorités, de vivre en tant qu’homme après avoir découvert sa condition, le président de l’OII, Curtis Hinkle, décida de proclamer le 8 novembre, journée de commémoration de la vie de Mme Barbin, née cette même journée.

La première journée du genre fut tenue cette année et on espère que l’événement prendra de l’ampleur l’année prochaine et les années subséquentes. Néanmoins, un kiosque pour informer la population et souligner l’événement a été tenu avec Queer McGill le 8 novembre sur le campus de l’Université McGill. « Cette journée se veut une célébration de la diversité sexuelle de l’humanité », ajoute Mme Laramée.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site Internet de l’Organisation Internationale des Intersexué(e)s : www.intersexualite.org.

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