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Transsexuel, il décrit le machisme des milieux académiques

Ben Barres est professeur à Stanford, neurobiologiste réputé de 52 ans. Né Barbara, il a changé de genre il y a quelques années. Une destinée bien particulière, qui l’a amené à témoigner à propos du sexisme encore largement répandu dans les milieux académiques.
Evidemment, il est bien placé pour aborder la question – sans ironie. Ben Barres est né sous l’identité de Barbara. Dès l’âge de 6 ans, l’enfant s’est passionné pour la science. Et en a fait, contre toute recommandation de son entourage sa passion et son métier. A 40 ans, elle a commencé à transformer son corps, d’abord de manière hormonale, puis chirurgicale, pour en faire celui qui était sa vraie identité: masculine. Il a donc été femme, puis homme dans le monde de la recherche. Et pas de n’importe quel niveau, puisque Ben Barres est aujourd’hui professeur à l’université de Stanford, a aligné les diplômes et les publications.

En juillet 2006, Ben Barres publie un article dans le prestigieux journal scientifique Nature sur la question du genre. Plusieurs professeurs réputés, dont le président de l’université de Harvard Larry Summers, avaient affirmé que les femmes seraient moins aptes, de manière innée que les hommes aux matières scientifiques. Et que ceci expliquerait leur sous-représentativité.

C’est en réaction à ces thèses que Ben Barres a décidé de démontrer le contraire. Il cite de nombreuses études, comme celle montrant une infime différence entre les résultats des filles et des garçons de 4 à 18 ans sur 20?000 tests de mathématiques. Ou celles démontrant qu’au Japon ou en Islande, les filles réussissent mieux que les garçons dans les branches scientifiques à l’université.

«Je suis suspicieux lorsque ceux qui ont l’avantage proclament qu’un groupe de personnes désavantagées sont moins capables de manière innée», écrit-il. Le facteur le plus important selon les recherches de Ben Barres pour expliquer le peu de femmes dans le monde scientifique reste le «présupposé social». Il précise encore n’avoir aucune intention de diaboliser les hommes. Côté préjugés et pratiques discriminantes, il montre du doigt les femmes autant que les hommes.

«Meilleur que sa sœur»
Les anecdotes concernant sa propre vie ne manquent pas. Et elles sont édifiantes. Il y a quelques années, Ben Barres vient de terminer sa conférence sur ses dernières recherches dans la neurobiologie face à un parterre des plus prestigieux chercheurs internationaux. Un de ses amis racontera plus tard à Ben avoir entendu un participant vanter la très grande qualité de ce séminaire. Et ajouter: «Le travail de Ben Barres est bien meilleur que celui de sa sœur». La présumée sœur scientifique n’existe pas!

Ben Barres se souvient également de ce cours de maths à l’université. Alors seule femme de la classe et seule personne à avoir résolu un problème, elle s’est entendue dire par le professeur qu’elle avait dû être aidée par son «boyfriend». Il y a aussi cette bourse d’études qu’elle n’a pas reçue, alors que Barbara Barres avait à son actif six publications contre une seule pour celui qui l’a décrochée. Et aujourd’hui? «Les gens qui ne savent pas que j’ai changé de sexe me traitent avec plus de respect. Je peux même terminer une phrase sans être interrompu», écrit-il.

Submergé de courrier
Ben Barres a fait la une des grands médias américains lors de la publication de son article. Depuis lors, il a été submergé par les mails de femmes scientifiques lui parlant de leurs propres expériences et le remerciant. On lui a reproché de s’être laissé influencer par son histoire personnelle. Critique à laquelle il répond simplement par la démonstration scientifique, qui est le corps de son article.

Aujourd’hui, le professeur ne donne plus d’interviews à ce propos, considérant qu’il est temps de retourner à ses «responsabilités professionnelles», celles du chercheur en neurobiologie qu’il est. Après avoir dénoncé ce qu’il estime être un état de faits préjudiciable à l’ensemble de la société. Et proposé des solutions pour changer.

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