L’homosexualité en Allemagne


Les peuples occidentaux sont reconnus pour avoir une plus grande ouverture face à l’homosexualité. Dans cette trop courte liste de pays accueillants se trouve l’Allemagne, où   nos droits sont protégés et nos vœux d’union reconnus, quoique seulement partiellement. Nation que l’on connait mal, l’Allemagne a beaucoup à offrir à sa population allosexuelle… en autant que celle-ci soit tenace. Portrait des réalités LGBT sur le vieux-continent.

Pour débuter, il faut comprendre que l’Allemand typique est un être plutôt peu bavard face à sa vie personnelle et peu curieux face à celle des autres. « Ça ne te regarde pas » est une phrase très souvent renvoyée à celui qui cherche à connaître quelqu’un. De plus, il faut préciser que l’église est, quoi qu’on en dise, encore assez présente dans le pays, traînant le modèle de vie traditionnel avec elle.

En prenant compte de cette différence culturelle, on peut facilement comprendre que l’homosexualité, en Allemagne, est assez cachée, sans être nécessairement un tabou. On pourrait dire qu’elle relève plutôt de la vie privée et qu’il est mal vu de l’exposer sur la place publique. C’est probablement la raison pourquoi le sujet n’est que très rarement abordé dans une conversation, tout comme dans les médias. Peut-être aussi pourquoi le drapeau gai est pratiquement impossible à repérer dans la rue, même si on compare aux autres pays avoisinants.

Ce disant, les groupes de gais, les bars et les endroits gais sont souvent impossibles à repérer pour le commun des mortels. Encore faut-il trouver des établissements à vocation exclusivement gaie, car même dans des régions très peuplées (la région de la Ruhr par exemple, avec ses 5,7 millions d’habitants), les bars gais sont souvent partagés. Par exemple, on y tient des soirées spéciales pour gais tous les mercredis.

Clivage ville-campagne
Ce qui amène à considérer la différence ville-campagne. Il est surprenant de constater que même dans les petites agglomérations, des groupes gais sont présents, mais certainement pas annoncés nulle part. Ces derniers font souvent leur recrutement par internet, sur les sites de rencontre en envoyant des publicités aux habitants de la région. Mais ces groupes sont très rarement destinés aux jeunes qui, en région, sont confrontés à des situations similaires à celles des jeunes des autres pays occidentaux.

Du côté de la ville, les services offerts, souvent bien annoncés sur internet, feraient l’envie de bien d’autres. C’est le cas d’Anyway (http://www.anyway-koeln.de). Il s’agit d’une maison de jeunes située à Cologne (la ville allemande considérée comme la plus ouverte) et destinée aux allosexuels de moins de 25 ans. Réparti sur trois étages, l’endroit est aussi bien rempli qu’une maison de jeunes traditionnelle, avec des tables de jeu, des ordinateurs, des instruments de musique, un comptoir-café, un salon et plusieurs salles de réunion. Bref, exactement ce qui nous manque à Montréal.

Côté discrimination, pour revenir un peu au début, il est difficile d’évaluer objectivement le niveau d’homophobie, considérant que tous et chacun n’ont pas la même définition de cette notion, mais aussi considérant l’argument culturel présenté au début de ce texte. Beaucoup d’Allemands sépareront donc grandement l’acceptation de l’homophobie par religion, soit catholique et évangélique (protestante), c’est-à-dire les deux religions principales, arguant que les catholiques sont beaucoup plus fermés à l’idée de l’allosexualité que les autres. Il faut cependant ajouter un bémol à ce qui est probablement plus un préjugé qu’une réalité.

La discrimination est bien présente en Allemagne, même si plusieurs nieront catégoriquement ce fait. Elle peut être bien directe, reliée à des cas d’abus physiques dans le métro (exemple tiré des médias) ou à un mépris bien camouflé. Dans reportage récent de l’émission Planet Wissen, l’animatrice a interrogé quelques dizaines de jeunes hommes au hasard dans la rue pour tirer comme conclusion que la moitié des répondants étaient homophobes. Bien-sûr, il ne s’agit pas de sondage scientifique à grande échelle, mais les résultats montrent bien que le phénomène est loin d’être absent.

Pour terminer, l’acceptation de l’homosexualité de l’Allemagne est un phénomène que l’on croit souvent acquis, alors qu’il ne l’est pas, considérant le caractère inhérent à la culture allemande ainsi que la forte présence religieuse. Par contre, la force communautaire des allosexuels allemands est un point qui mérite d’être approfondi et parfois même exporté. Cependant, chacun vivra cette expérience d’une manière différente et je vous invite à lire mon prochain article qui portera sur mon expérience personnelle en tant que gai qui a vécu une année dans le royaume de la saucisse.

L'homosexualité en Allemagne, 3.0 out of 4 based on 1 rating

About AlterHéros

Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.

Leave a comment