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Milk ou le combat contre l’intolérance

Harvey Bernard Milk (1930-1978) est le premier politicien ouvertement gay à être élu. Personnage flamboyant, charismatique et passionné, il a lutté toute sa vie contre la discrimination. Élevé au rang de martyr suite à son assassinat, le 27 novembre 1978, sa vie fait l’objet du dernier film de Gus Van Sant, qui a réalisé, entre autres, Elephant (2003) et Last Days (2005).

Sorti en salle le 26 novembre dernier, soit la veille du trentième anniversaire de la mort de Milk, le film éponyme raconte la vie du célèbre activiste entre 1970 et 1978. Tout au long du film, on voit Milk (Sean Penn) enregistrant, sur un magnétophone, le récit de sa vie en guise de testament, car il craignait qu’on cherche à l’assassiner et tenait à laisser un ultime témoignage du combat qu’il menait contre la discrimination.

Cette narration constitue la trame du film, lequel se compose en plusieurs flashes back, qui nous montreront l’évolution psychologique du personnage depuis sa rencontre avec son amoureux, Scott Smith (James Franco), jusqu’à ses dernières heures.

Espérant trouver à San Francisco un climat d’ouverture à l’égard des gays, Milk et son copain y emménagent en 1972 et ouvrent un commerce, le Castro Camera, dans ce qui deviendra le quartier gay de la cité californienne.

Les deux amoureux sont cependant déçus dans leurs attentes, car la haine et la violence sévissent dans le secteur et ce, sans que les autorités municipales ne semblent s’en émouvoir. Milk se découvre alors une vocation d’activiste. Épris de liberté, passionné de politique, il s’entoure de commerçants, d’intellectuels et d’étudiants – dont Cleve Jone (Emile Hirsch), pour lequel il deviendra un véritable mentor – et milite auprès des élus afin que cesse l’homophobie.

Une courte carrière politique
Ayant décidé de briguer lui-même les suffrages, il sera élu superviseur (c’est-à-dire conseiller municipal) de la ville de San Francisco en 1977, après deux tentatives infructueuses, la première en 1973 et la seconde en 1975. Toutes ces années de lutte seront éprouvantes pour Milk et laisseront des séquelles sur sa vie amoureuse.

Ajoutons à cela les nombreuses menaces de mort que Milk recevra au cours de sa carrière politique et nous aurons une bonne idée du sacrifice constant qu’exigeait de lui son engagement en faveur de la communauté LGBT.

Dès le début de sa courte vie publique, Milk devra composer avec Dan Withe (Josh Brolin), un conseiller municipal ultraconservateur. Les deux hommes s’affronteront, notamment, lors du débat entourant la Proposition 6, un projet de loi visant à interdire aux enseignants ouvertement gays d’exercer leur profession. Milk et son équipe mènent un combat acharné contre cette atteinte grave aux libertés civiques et parviennent à faire renverser la vapeur. En effet, le référendum national portant sur ce projet de loi leur donnera raison en rejetant l’infâme Proposition 6.

Withe, amer et frustré par les résultats du référendum, décide de donner sur-le-champ sa démission; puis, il change d’idée. Le maire George Moscone (Victor Garber) a la possibilité de le réintégrer dans ses fonctions. Cependant, étant l’allier de Milk et des progressistes, il refuse.

Alors, Withe, dans un accès de rage, prend un revolver et se rend à l’hôtel de ville, où il abat froidement le maire Moscone et Harvey Milk, une fin que ce dernier avait envisagé, comme en fait foi cette phrase à la fois sublime et terrible, prononcée quelques jours avant sa mort: « Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes de placard. »

Intelligent et sensible
Il fallait tout le génie de Gus Van Sant pour réaliser un film d’une telle intelligence et d’une telle sensibilité. Il aborde son sujet avec rigueur, sans jamais tomber dans le pathos (ce qui est souvent l’écueil dans ce type de film), mais en faisant toujours ressortir ce qu’il y avait de profondément humain chez Milk et les gens de son entourage.

Sean Penn incarne avec brio le rôle titre, s’effaçant entièrement derrière son personnage. Avec finesse, il évite toutes interprétations caricaturales, sans pourtant occulter le côté flamboyant de Milk. De même, James Franco et Diego Luna, qui interprètent deux copains de Milk, sont parfaitement crédibles, le premier incarnant un Scott Smith simple et chaleureux, le second campant un Jack Lira sensible et tourmenté.

Quant à Josh Brolin, qu’on a pu voir récemment sous les traits du président Bush dans le film W du cinéaste Oliver Stone, il est plus vrai que nature avec son air renfrogné, son costume trois pièces impeccable et ses cheveux bien coiffés.

Là encore, il aurait pu être tentant de charger le portrait et d’en faire la caricature du parfait redneck sudiste. Pourtant, le personnage est nuancé et, avant qu’il ne sombre dans la folie, on le voit déchiré entre son attachement aux valeurs ultraconservatrices et un réel désir de coopérer avec Milk. Brolin joue de manière très nuancée cette évolution psychologique et il ne serait pas surprenant que son rôle lui mérite l’Oscar pour le meilleur acteur de soutien.

Il convient aussi d’accorder une mention spéciale au jeune Emile Hirsch dont le personnage de Cleve Jone apporte une touche de pétulance et de grâce dans cet univers souvent sombre et tragique. Soulignons enfin la trame sonore de Danny Elfman – connu du grand public pour avoir créé la musique-thème des Simpsons – qui est à la fois sobre et efficace.

Un combat toujours d’actualité
Gus Van Sant a déclaré, non sans amertume, que la sortie de son film aurait dû être devancée afin qu’on puisse le visionner avant la tenue des élections américaines. Pour quelle raison? Tout simplement parce que lors de ces mêmes élections les États de la Californie, de la Floride et de l’Arizona ont tenu des référendums sur le mariage entre conjoints de même sexe et que le NON l’a emporté avec une confortable majorité.

De même, les citoyens de l’Arkansas se sont prononcés contre l’adoption d’enfants par des couples non-mariés, une mesure visant principalement les gays et les lesbiennes. Ce qui amenait Van Sant à conclure que l’œuvre de Milk est loin d’être achevée et qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour tous ceux qui luttent contre l’intolérance!
 

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