Brüno : 82 minutes d'autoflagellation 1


Après Ali G et Borat, qui ont scandalisé l’Amérique en lui montrant ses côtés les plus sombres, Sacha Baron Cohen récidive avec Brüno. Sauf que comme personne n’est assez dupe pour se faire prendre trois fois au jeu, Brüno, jeune journaliste autrichien gai – avec un grand g rose et des paillettes – devra pousser dix fois plus loin pour faire ressortir l’homophobie virulente de nos voisins états-uniens.

L’histoire est simple: Brüno, animateur de télé des plus efféminés qui soit, perd son emploi à la barre de l’émission Funky Zeit après avoir fait un désastre lors de la semaine de la mode de Milan. De là, tout le monde le rejette, incluant son amoureux le steward pygmée, avec qui il faisait des activités de couple dites anales, pardon, banales, du genre utiliser son anatomie comme réceptacle de bouteille à champagne ou se complaire avec un aspirateur… Il part alors vers Los Angeles avec son nouveau compagnon Lutz dans le but de devenir « la plus grande star autrichienne depuis Hitler.»

Source: cine-serie-tv.portail.free.frIl tente tout pour se faire connaitre, mais ne réussit nulle part, choquant sur son passage les personnalités connues qu’il interview ainsi que les gens qui le rencontrent, comme le public du plateau d’un talk-show auquel il présente son bébé OJ, qu’il a adopté en Afrique pour ressembler à Madonna et Brangelina, en l’échangeant contre un iPod. Bref, partout où il passe, Brüno essuie les échecs et les insultes. C’est alors qu’il réalise que pour être une star dans ce pays, il faut être hétéro, «comme Tom Cruise, John Travolta et Kevin Spacey.» C’est alors qu’il commencera une quête pour devenir hétérosexuel qui le mènera dans les endroits les plus homophobes du pays, avec les chasseurs, les échangistes, les soldats et les prêtres convertisseurs de gais.

Partout où il passe, Brüno choque, Brüno scandalise. Son humour très noir fait par contre ressortir l’homophobie américaine au grand jour, parfois verbale, parfois physique, mais toujours aussi violente, en plus d’autres tristes réalités, comme lorsqu’il nous montre jusqu’où les parents sont prêts à aller pour que leur bambin soit accepté dans une séance de photo. Son cynisme extrême, qui nous fait rire jaune du début à la fin, sera adoré par certains – surtout ceux qui ont applaudi Borat – et détesté par d’autres, qui n’apprécieront pas les stéréotypes homosexuels excessifs qui sont utilisés. Il est dommage que le film ne montre justement aucun homosexuel réel et normal, ce qui pourrait faire croire à certains spectateurs, qui ne voient que le premier degré, que Brüno est l’incarnation normale de l’homosexualité. D’un autre côté, cet excès était peut-être nécessaire, comme dans le cas de Borat, pour nous montrer à caméra ouverte ce qui se passe habituellement à caméra fermée. La scène du premier convertisseur nous montre bien ce phénomène, lorsqu’on peut clairement lire sur le visage du prêtre le dégout s’installer au fur et à mesure que Brüno parle des obstacles à une vie hétérosexuelle, pour enfin le voir l’envoyer chez un deuxième homme, plus expérimenté, qui lui n’ira pas par quatre chemins pour faire comprendre à la folle que même s’il n’aime pas les femmes et qu’il ne les aimera jamais, il doit se comporter en hétérosexuel.

Bref, Brüno n’est pas un film pour tous les publics. Si vous avez la phobie des moments tellement embarrassants que vous vous en cachez les yeux, ne le regardez pas. Mais si vous avez le cœur solide et que vous avez envie de 82 minutes d’autoflagellation, parce que ça fait mal de voir Brüno se faire taper dessus par des homophobes, eh bien Brüno est le film qu’il vous faut.
 


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One thought on “Brüno : 82 minutes d'autoflagellation

  • Plume

    Je pense qu’il est quand même important de mentionner que suite aux nombreuses poursuites intentées suite à Borat, la plupart (sinon la totalité) des scènes du film étaient scénarisées, et les participants étaient consentants et avaient un texte.

    VA:F [1.9.22_1171]
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