Quelle est la frontière entre fantasme et réelle attirance sexuelle ?


Bonjour Ève,

Je prend d’abord le temps de vous remercier d’avoir envoyé votre question à AlterHéros. Si je comprend bien vos inquiétudes, vous êtes en couple depuis plusieurs années avec un homme, mais vous doutez de votre sexualité et vous avez peur d’être homosexuelle ou bisexuelle, ce qui crée en vous une grande honte, est-ce bien cela?

Étant donné que vous m’indiquez être toujours amoureuse de votre partenaire et ne pas désirer le quitter, je me demande si vous n’êtes pas davantage troublée par votre orientation sexuelle plutôt que par votre sexualité. Qu’en pensez-vous?

Si c’est bel et bien votre orientation sexuelle votre principale inquiétude, je vous rassure tout de suite : ce fantasme est très fréquent et n’est pas nécessairement associé à l’orientation sexuelle! Ce fantasme n’est pas présent uniquement chez les personnes homosexuelles ou bisexuelles. De plus, il est tout à fait normal.

Dans votre cas, il semble que votre malaise provient de vos fantasmes lesbiens lors de la masturbation ainsi que de l’utilisation d’un fantasme homosexuel pour être excitée. Il faut savoir qu’un fantasme n’est pas nécessairement réaliste: les principaux fantasmes (ceux qui sont le plus souvent utilisés pour atteindre l’orgasme) sont ceux qu’on ne voudrait pas vraiment réaliser en réalité! Par exemple, les fantasmes de soumission volontaire, pouvant même aller jusqu’au fantasme du viol, sont les fantasmes les plus fréquents chez les femmes (Crépault, 2007).

Cependant, on peut comprendre qu’aucune femme ne souhaite réellement subir de la violence sexuelle. Ne vous inquiétez pas, il se peut tout à fait que vous viviez des fantasmes lesbiens sans du tout désirer vivre une réelle relation sexuelle avec une femme ou sans être lesbienne ou bisexuelle.

En fait, chaque individu a une fantasmatique personnalisée et unique. Il n’est pas possible de choisir son fantasme ou encore de le changer, de l’éliminer. Il est possible de moduler ses fantasmes oui, mais seulement à un certain point. Par exemple, si le fait que dans votre fantasme il y a une femme(s), mais que votre partenaire n’y est pas et que ça vous dérange, il est possible de graduellement l’inclure à vos fantasmes, tout en gardant un niveau d’excitation sexuelle aussi élevé (c’est le but d’un fantasme!). Certains spécialistes soutiennent que notre fantasmatique serait inspirée de certains moments de notre enfance (inconsciemment) et que certaines personnes ne seront tout simplement jamais excitées par un type de fantasme, alors que pour d’autres, il est nécessaire à l’excitation et à l’atteinte de l’orgasme.

Par ailleurs, l’orientation sexuelle ne s’étiquette pas si facilement, vous n’êtes pas homosexuelle ou bisexuelle uniquement car vous fantasmez sur une femme, comme vous n’êtes pas amoureuse d’un homme parce que vous fantasmez sur lui! Par contre, saisissez-vous pourquoi vous ressentez une si grande honte à l'idée d'imaginer une femme nue ou de regarder des photos de femmes nues lorsque vous vous masturbez? Connaissez-vous des gens homosexuels dans votre entourage? Ce sont des gens tout comme les hétérosexuels! Je vous conseille de rechercher quelles pourraient être les sources de vos malaises face à l’homosexualité.

Finalement, question de vous rassurer davantage, j’aimerais vous faire réfléchir à certains éléments… Vous avez probablement dans votre entourage des gens hétérosexuels qui ne fantasment pas ou très peu. Et bien ces gens qui n’érotisent pas beaucoup de comportements sexuels ne sont pas asexués pour autant. Je fais ici un parallèle entre un individu hétérosexuel qui a des fantasmes homosexuels… Puis, pour le fait que vous trouviez les femmes plus attirantes que les hommes et bien c’est aussi normal je vous rassure! Je vous suggère tout de même quelques pistes de réflexion:

Trouvez-vous toutes les femmes séduisantes?

Trouvez-vous tout de même certains hommes séduisants?

Croyez-vous que votre partenaire trouve toutes les femmes belles?

Éprouvez-vous du dégoût envers les organes génitaux de votre partenaire?

Effectivement, vous avez vu que je vous demandais si vous les trouviez belles et non si vous étiez attirée sexuellement ou amoureuse d’elle. Vous me demandiez la différence entre un fantasme et de l’attirance sexuelle. Un fantasme est «la faculté qu’à l’humain de s’érotiser par des représentations mentales conscientes ou inconscientes» (Crépault; 2007). L’important, c’est d’utiliser un fantasme pour s’érotiser, pour atteindre un niveau d’excitation, pour améliorer la relation sexuelle, etc. Bref, ce n’est pas de la réalité, c’est une évocation imagée, voire non imagée permettant d’avoir une meilleure qualité de vie sexuelle et c’est un avantage que vous avez de saisir ce qui vous excite! Pour ce qui est de l’attirance sexuelle, c’est ce qui vous amène à avoir des relations sexuelles avec votre conjoint. C’est le désir d’avoir une relation ou un rapprochement sexuel. C’est une attirance physique et sexuelle envers une autre personne.

J’espère vous avoir rassuré et vous avoir fournit différentes pistes de solution si dans le futur vos craintes revenaient. Votre sentiment de honte prendra sûrement du temps à disparaître, vous comprenez que vous avez acquis le réflexe de culpabilité lorsque vous regardez des photos de femmes nues lorsque vous vous masturbez. Mais sachez que vous êtes normale! Pour conclure, je vous encourage à communiquer ce fantasme à votre partenaire et à discuter avec lui de se qu’il éveille en vous comme sentiment. Il sera probablement une personne de confiance qui vous aidera à accepter votre fantasme! Dans le cas où vous désirez plus d’informations ou si vous avez une nouvelle inquiétude, n’hésitez surtout pas à écrire à nouveau à AlterHéros!

Sandra,

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About Sandra

Sandra est présentement finissante au premier cycle en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et débutera sous peu la maîtrise en sexologie profil clinique. Elle travaille en tant qu'éducatrice auprès de jeunes enfants et adolescents au Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire où elle approfondie chaque jour diverses problématiques. Sandra actualise régulièrement ses connaissances en participant à une multitude de formations. Elle a entre autres participé au programme de formation en prévention des ITSS chez les jeunes en difficulté ; à une formation sur la prévention de l’exploitation sexuelle chez les adolescentes ; aux formations «Pour une nouvelle vision de l’homosexualité», «L‘éducation à la sexualité en milieu scolaire» et celle concernant «L'approche sexocorporelle intégrée». En ce qui concerne son expérience passée, elle a travaillé en tant qu'intervenante au service régional de crise, intervenante pour une ligne d'écoute téléphonique et intervenante à l'activité «Un esprit sain dans un corps sain» organisée par l’Université McGill. «En tant que sexologue en formation, je considère qu'une de mes fonctions est d'être une agente d'information et d'éducation et mon implication au sein de l'organisme AlterHéros me permet d'avoir l'opportunité d'intervenir avec différentes personnes et de traiter différents sujets, ce qui me comble amplement!

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