À qui puis-je dire que je subis de l’intimidation?


Bonjour!

Merci beaucoup de nous faire confiance et de nous écrire. Je suis prof au secondaire et ton histoire m’indigne. La première chose que je veux te dire, et peut-être la plus importante, c’est que tu n’est pas responsable de ce que tu vis. Peut importe ton poids, ta grandeur, ta personnalité ou ton orientation sexuelle, rien ne justifie le comportement que ces gens ont envers toi. Il y a des ressources pour t’aider. Déjà, je vois que tu t’es inscrit sur notre forum et qu’un membre t’a donné quelques conseils. Laisse-moi t’en donner d’autres qui j’espère t’aideront.

Tout d’abord je veux mettre quelque chose au clair: le harcèlement est non seulement innaceptable, mais également puni par le code criminel. Bien que les ados ne sont généralement pas soumis entièrement au code criminel, il est du devoir légal de l’école d’appliquer les principes de ce code à l’intérieur de ses murs: pas de vol, pas de violence physique, pas de harcèlement psychologique. Malheureusement, l’intimidation reste un fléau dans les écoles car le message n’est pas toujours clairement appliqué, ou parce que les intervenants ne savent pas comment réagir. Heureusement, il semble y avoir une volonté dans la population et au gouvernement pour y mettre fin. On en parle de plus en plus dans les médias. On voit même de plus en plus de poursuites en justice desparents contre les écoles qui n’ont pas agi de façon sérieuse contre l’intimidation.

De toute les formes d’intimidation,  celle basée sur l’orientation sexuelle ou une fausse idée sur l’orientation sexuelle est l’une des plus répandue, j’en suis témoin dans mon travail. Je dit le mot « fausse idée » car dans la plupart du temps les intimidateurs ne connaissent même pas la véritable orientation sexuelle de leur victime. Ils s’en fouttent même. On s’attaque à une personne en se basant sur des impressions et des préjugés, et on lui colle une étiquette. C’est ce que tu vis malheureusement et tu n’est pas le seul. Tu sais à long terme l’intimidation peut avoir des effets sérieux sur toi, au niveau de ton estime personnelle et de ta réussite scolaire entre autres. Tu fais bien de commencer à chercher de l’aide.

Tu as peur d’en parler à tes parents et je peux comprendre cette réaction de ta part. Mais en ne leur parlant pas, tu te prives peut-être des meilleurs alliés que tu puisses avoir. Tous les parents se font une image de leur enfant, qui souvent n’a pas nécessairement rapport à la réalité. Tu n’a aucun contrôle sur les doutes qu’ils peuvent avoir ou non par rapport à ton orientation… peut-être en ont-ils déjà, peut-être n’en auront-ils jamais. C’est à toi et toi seulement que revient de parler de ton identité avec eux. La seule chose qu’il risquent de penser s’ils apprennent ce que tu vis, c’est que leur fils vit une situation innacceptable et qu’il doivent le défendre becs et ongles. Je peux te dire que lorsque des parents se pointent à l’école pour dénoncer une situation d’intimidation, la direction ne perd pas son temps pour agir. C’est malheureux, mais les situations d’intimidation sont souvent prises au sérieux seulement lorsque des adultes s’en mêlent.

À l’école, il y a diverses personnes à qui tu peux parler, à commencer tout simplement par un(e) prof. Il y en a sûrement un avec qui tu t’entend particulièrement bien, peut-être assez pour lui demander de lui parler après un cours. Ça m’est arrivé à quelques reprises, et à chaque fois j’ai pris le temps d’écouter l’élève et de lui parler des différentes personnes qui peuvent l’aider. Tu crains peut-être que le prof se mette à faire une enquête, à te demander qui, quoi comment, pourquoi. Des questions que tu n’es peut-être pas prêt à répondre. Or sache que si tu entreprends une démarche pour te sortir de ta situation d’intimidation, cela se fera à ton rythme.

Parmi les autres personnes ressources dans ton école, il y a aussi bien sûr la direction-adjointe de ton niveau, un travailleur social, un technicien en éducation spécialisée ou un surveillant. Peu importe à qui tu t’adresses, si ton école a une politique claire en matière d’intimidation (comme elle en a l’obligation), n’importe quel membre du personnel saura comment intervenir dans ta situation, de façon efficace, rapide et discrète. En général, les intimidateurs sont rapidement convoqués ainsi que leurs parents. Un plan d’intervention est ensuite mis en branle pour les intimidateurs. Ce plan inclut généralement des rencontres avec les TES et parfois même avec des pairs-aidants. S’ils tentent de se venger, comme tu le crains peut-être, ils en pairont le prix.

Enfin, j’aimerais te parler de la plus grande ressource que tu as à ta disposition: toi. Reste qui tu es, garde la tête haute, implique toi activement dans la vie de ton école. Découvre tes intérêts et tes talents, apprends à te connaître, autant tes force que tes faiblesses. Sois fier de toi. Rarement reçoit-on à Alterhéros des lettres aussi bien écrites et articulées que la tienne. Je crois que tu as une très bonne tête sur les épaules. Tiens toi auprès des jeunes les plus ouverts d’esprit dans ton école… souvent ce sont ceux qui participent aux activités parascolaires comme le conseil étudiant ou le comité environnement. Tu vas voir, tes amis ouverts d’esprit seront les premiers à dire « vos gueules » à tes intimidateurs. D’ailleurs, toi aussi n’hésite pas à dire « vos gueules » en regardant ces gens là dans les yeux. TU AS LE DROIT DE TE DÉFENDRE!

Laisse moi te parler d’une jeune fille qui s’est fait harceler pendant tout son primaire. Quand elle est arrivée au secondaire, elle a continué d’être isolée et on riait d’elle. Puis, en secondaire 3, elle a commencé à s’impliquer dans l’école, entre autres en faisant du théâtre. Elle a découvert qu’elle aimait ça et qu’elle était très bonne. Quand ses intimidateurs ont vu son talent en théâtre lors d’une présentation, leur mâchoire leur est tombée par terre et cette fille n’a jamais plus été dérangée. Elle a même été élue présidente de sa classe en secondaire 4. Cette jeune fille, c’était moi. Et depuis je suis devenue moi-même enseignante au secondaire et d’entendre que des jeunes vivent encore ce que j’ai vécu m’enrage au plus haut point. Ça n’a pas ça place, c’est un échec de tout notre système scolaire, de toute notre société. Je fais ma part pour changer mon école et la rendre plus belle et plus ouverte. Toi aussi tu as ta part à faire! Ta plein d’outils à ta disposition, il faut seulement que tu fasses le premier pas: en parler.

Bon courage, et n’hésite pas à nous réécrire si tu en sens le besoin.

Élyse, pour AlterHéros


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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