Que faire pour savoir si je suis trans? 4


Bonjour Isa!

Je te remercie beaucoup de nous faire confiance en nous écrivant. Si tu a pris le temps de voir un peu la liste des questions répondu précédement sur notre site, tu as pu constater que les questionnement sur l’identité de genre comme ceux que tu vis sont vécus par de nombreuses personnes. Malgré ce questionnement qui t’habite, tu n’hésite pas à nous écrire en t’identifiant comme femme et en te donnant un nom féminin. Je n’ai donc aucune raison de te parler autrement qu’en tant que telle!

Ta lettre dit que tu te questionnes intérieurement depuis le début de ton adolescence. Sens-tu que ta condition actuelle est un obstacle pour toi, qu’elle t’empêche de vivre la vie que tu aurais voulu? T’arrive-t-il de ressentir de la détresse parce que tu aurais préféré être une fille? Voici le genre de questions qu’il serait important pour toi de considérer. Ta lettre parle beaucoup de ton intérêt pour les vêtements féminins. Certes, de pouvoir exprimer son apparence et sa personnalité à travers de beaux vêtements est souvent important pour une femme trans, mais c’est loin d’être sa raison principale pour effectuer une transition. Il y a d’abord et avant tout ce besoin social, d’être reconnue et traitée entièrement comme une femme par ses proches, son milieu de travail et légalement aussiLa transition, c’est de changer sa vie complètement et de façon permanente au niveau social.  Il y a aussi un besoin profond, bien au delà de la curiosité, d’avoir un corps physique qui correspond à son identité intérieure. Tant que ces facteurs ne seront pas corrigés par la transition, la femme trans ressentira une discordance entre ce qu’elle est intérieurement et extérieurement. Cette discordance cause un malaise constant, qui peut parfois être très souffrant.

J’utilise souvent une analogie pour aider les gens dans leur réflexion, celle de la baguette magique. Si tu avais une baguette qui, d’un seul coup, pourrais faire de toi une femme de façon permanente et irréversible, tout en changeant les souvenirs dans gens autour de toi de telle façon qu’il t’auraient toujours connue ainsi, l’utiliserais-tu? L’avantage de cette analogie, c’est quelle met de côté tous les désagréments et risques associés à une transition pour aller au coeur de l’identité d’une personne. Si dans ta tête il est clair que tu utiliserais une telle baguette, c’est probablement que oui, tu as une identité féminine. Maintenant, est-ce que ça veut dire que tu dois entreprendre une transition? C’est à toi de le déterminer.

Dans ta lettre, tu évoque l’idée de vivre l’expérience de vivre en tant que femme pour des journées complètes afin d’être fixée. Cela peut être une expérience intéressante à tenter, mais attention, car ces journées ne seront pas encore une transition ni encore la véritable vie. Ces premières expériences pourraient être géniales comme elle pourraient être difficiles. En fait, les première journées qu’on vit en tant que femme sont souvent un peu étranges, rien ne fonctionne comme on avait prévu… je sais je suis passée par là il y a de ça 7 ans! L’important est que tu ne te dises pas « ainsi a été cette journée, ainsi sera ma vie lors pendant et après la transition ». Chaque petit pas que tu fais qui te rapproche de qui tu es vraiment doit être pris comme une victoire. Quant au regard pesant des gens, on finit par le relativiser et même parfois par en rire, même si c’est extrêmement déplaisant au départ. Mais une chose est sûre, souvent la personne qui porte le regard le plus lourd, c’est soi-même. Je me souviens au début, chaque visage étrange d’un passant sur la rue était pour moi un signe de rejet de leur part. Maintenant, je réalise que les gens se regardent toujours entre eux et font toujours des visages étranges… mais on est si sensible durant la transition qu’on interprète le moindre détail négativement. En fait, je suis convaincue que plusieurs regards que j’ai mal interprétés à l’époque était des regard de gens me trouvant belle ou épanouie!

On ne peut être à 100% fixée à savoir si la transition est la solution à ce qu’on vit car il y a toujours un doute qui persiste intérieurement. Mais à moment donné, la certitude que la transition va améliorer sa qualité de vie devient assez forte et il faut oser et sauter dans l’aventure. Heureusement, ce n’est pas le genre de décision que tu as à prendre seule. Tout d’abord, pour t’aider dans ta réflexion, tu pourrais rencontrer un(e) psychologue, sexologue ou intervenant communautaire spécialisé en identité de genre. Un telle personne pourrait t’aider à clarifier certains doutes que tu as, et aussi t’accompagner dans ta démarche d’expérimentation. C’est important que la personne que tu consultes ait des connaissances et une expérience dans le domaine, afin de ne pas perdre ton temps. Ce n’est pas toujours facile de trouver une telle personne et je n’ai pas d’info sur ton lieu de domicile, mais généralement un appel à un organisme LGBT près de chez toi peut te mettre sur la bonne piste.

Je t’invite aussi fortement à rencontrer et de discuter avec d’autres personnes vivant un questionnement comme le tiens, que ça soit sur internet comme par exemple sur le forum d’Alterhéros Trans Power, ou dans une groupe de soutien en chair et en os. En discutant avec d’autres personnes et en écoutant leur vécu, tu pourra peut-être mieux te positionner sur le cheminement que tu veux faire et aussi profiter de leurs précieux conseils!

Bonne suite dans ta réflexion. N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions!

Élyse, intervenante pour AlterHéros


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.