Je ne corresponds pas au « parcours transsexuel officiel » pour mon hormonothérapie…


Bonjour Camille,

Merci de nous faire confiance et de nous écrire. Devant les portes qui se fermaient devant toi parce que tu es lesbienne, tu as décidé de prendre ton destin en main et de t’auto-prescrire des hormones. Tout semble bien aller mais tu aimerais quand même avoir un suivi médical, pour plus de sécurité mais aussi pour bénéficier des assurances. Tu te demandes comment t’y prendre. Avant toute chose, je veux t’avertir que les informations que je te donne ici sont seulement basées sur mes expérience en intervention auprès des personnes trans et ne remplacent en rien l’avis d’un médecin.

Je commencerais par dire qu’à mon avis, parler de « parcours transsexuel officiel » est une aberration. Surtout que ces « parcours » sont souvent formulés par des personnes cissexuelles (non-trans) qui essaient de mettre dans la même boîte tous nos vécus et toutes nos identités différentes. Dans les pires cas, ces « parcours » sont pathologisants, créés avec l’idée que nous sommes fondamentalement problématiques et qu’on doit être pris.es en charge, quitte à nous décourager de faire la transition.

Je ne sais pas à quel « parcours transsexuel officiel » tu fais référence. Pour être honnête, dans bien des cas, chaque hôpital, chaque médecin et chaque psychologue a sa petite idée personnelle là dessus, ce qui fait que c’est très difficile pour les personnes trans de s’y retrouver. Ceci étant dit, les seuls « parcours officiels » que je connaisse ne mentionnent nulle part l’orientation sexuelle comme étant un critère pour pouvoir débuter une transition médicale. En effet, autant le DSM-V (la bible des psychiatres) que les Standards de Soins 7 du WPATH (la bible de tous les professionnels du milieu trans) ont depuis longtemps compris que l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont deux réalités différentes. Je t’invite à aller les consulter, les connaître est une arme précieuse quand on navigue dans le système.

En temps normal, la politique en France est de suivre ces deux documents. Un professionnel qui t’a affirmé le contraire est clairement en opposition avec le consensus scientifique actuel et il y aurait lieu de déposer plainte devant son ordre professionnel. Ceci étant dit, de nombreux professionnels en France vivent heureusement au 21e siècle et avec un peu de recherche il te sera probablement possible de trouver ressources psychologiques et médicales si jamais tu en ressens le besoin.  Il faudrait contacter un association trans de ta région pour savoir s’il y en a près de chez toi. Le Mag Paris pourrait également t’aider dans ta recherche.

Tu te procures donc toi-même tes hormones sur le marché. Les risques de cette démarche, en particulier au niveau de la circulation sanguine, dépendent du type d’oestrogènes que tu prends, et sont relativement mineurs comparativement au bien-être qu’ils te procurent.  Toutefois, un suivi médical est recommandé, particulièrement afin d’avoir les doses optimales. Ce suivi peut être effectué par un endocrinologue ou même par un médecin généraliste informé. Malheureusement, plusieurs médecins refusent de traiter les personnes trans ou exigent un tas de contraintes. Le mieux pour toi est de trouver un médecin qui pratique selon la philosophie du « moindre méfait ». Ces médecins admettent les risques de l’hormonothérapie, incluant des risques de regrets, mais réalisent que ces risques sont beaucoup moins élevés que les risque psychologique encouru par l’absence de l’hormonothérapie. Ces médecins vont tout simplement expliquer à la personne les différents effet et risque du médicament et ensuite faire signer une décharge de responsabilités. Bref, ils font confiance au bon jugement de la personne trans et respectent son droit de déterminer quoi faire avec son corps.

Puisque les médecins de libre-consentement sont plutôt rares, je connais certaines personnes qui ont réussi à employer cette ruse: ils ont commencé par eux même une hormonothérapie, puis sont allés après quelques mois chez un médecin pour les mettre devant un fait accompli. Dans certains cas, le médecin a accepté, à défaut de prescrire les hormones, de faire un suivi avec prises de sang. Dans certains cas plus rares, le même médecin a aussi accepter de prescrire officiellement des hormones. Tu pourrais essayer cette avenue. Chose sûre, peu importe le médecin consulté, tu es en France et tu bénéficies du système de soins universel et gratuit.

Ta dernière option, à part bien sûr de continuer tel que tu le fais actuellement, est d’entrer dans un « parcours officiel » Pour cela, il te faudra obtenir une lettre de référence d’un(e) psychologue ou sexologue. Assure toi que ce psychologue s’y connaît au sujet des réalités trans, qu’il respecte la philosophie des Standards de Soins 7 du WPATH et qu’il a une approche humaniste ou cognitivo-comportementale. Tiens-toi loi des psychanalystes! Je ne sais pas si les psychologues sont remboursés par l’état en France (nous sommes un organisme québécois), le mieux serait de t’informer auprès d’une association locale ou du MAG.

Peu importe le moyen que tu choisis de prendre, je ne crois pas que tu risques d’avoir des ennuis. Il n’est pas illégal de prendre des hormones! Mais pour être sûre, je te répète encore de consulter un médecin recommandé par la communauté trans. Pour un orthophoniste, il n’y aura aucun problème car il ne font pas de traitements médicaux tels quels. Encore-là, je ne sais pas si en France leurs services sont remboursés.

Est-ce qu’être à temps plein va faciliter les choses pour toi? Je crois bien que oui. Chose sûre, je ne peux que t’encourager à continuer à te tenir debout et à insister pour être l’auteure de ton histoire, celle qui en définira les paramètre et aboutissement. Nous, personnes trans, devons rester maîtres de nos corps et de nos vies!

Si tu as d’autres questions, tu peux nous réécrire! Tu peux aussi consulter notre groupe de discussion sur les questions trans.


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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