Un passé ultra compliqué et un présent difficile 2


Bonjour,
J’aimerais écrire ce témoignage parce que ça fait quelques jours que je suis sur AlterHéros, et à chaque fois que je pose une question les réponses me font beaucoup de bien et me soulagent. Mais étant à chaque fois limité à 1000 caractères, parler de toute mon histoire c’était pas possible. Donc je vais en témoigner.

Tout d’abord, j’m’appelle Edward, je suis franco-libanais, j’ai 16 ans, et j’habite avec mes deux petits frères et ma mère. Mon père et ma sœur sont en Europe (travail et université). Dans mes questions précédentes, en bref, j’expliquais que je désirais être un garçon ; car biologiquement parlant je suis une fille depuis la naissance. Cependant il y a 2 ans j’ai entendu parler du transgenre et comme depuis tout petit je me sentais garçon, j’ai commencé à y penser, jusqu’à véritablement faire le changement en Février dernier. Mais mes parents, ma famille, sont musulmans, et sont totalement contre, hyper homophobes et impossible avec eux de discuter. Du coup je m’habille pas comme je le voudrais, je ne parle presque pas pour éviter de dire un mot au masculin, je fais de mon mieux pour paraître le plus calme possible alors qu’au fond j’en ai assez.

C’est très dur. Et tout a vraiment dérapé un jour pendant ces vacances d’été mais je vais y aller lentement parce que j’ai eu un passé hyper complexe. Tout d’abord, je ne sais pas vraiment quand est-ce que c’est arrivé, mais moi j’dis que ça doit être vers 5 ans, vous verrez pourquoi ensuite, quand j’étais tout petit, j’ai eu des attouchements sexuels de quelqu’un dans la famille, je ne précise pas qui parce que je ne veux pas risquer avoir le moindre problème. On va l’appeler X.

X à environ 30 ans de plus que moi, et il était de la famille ; alors je le laissais faire et je ne comprenais pas de toute façon. J’ai gardé le silence, parce qu’il me disait que c’était « secret ». En parallèle, le 24/01/1999, le jour pile poil de mes 6 ans, ont débuté des rêves étranges comme quoi j’étais dans un autre monde imaginaire, où j’étais UN puissant guerrier. C’est à peu près à partir de ce moment-là que j’ai commencé à avoir des réflexes bizarres à l’école, que je commençais à me battre avec le groupe de garçon. Bref. Ces rêves et ces attouchements sexuels, je les ai subi jusqu’à mes 13/14 environ. Pourquoi autant de temps, alors… à 13 ans j’ai vu un reportage sur les pédophiles. Mouala.

Donc ça fait CLIC dans ma tête et là je me suis rendu compte que là y’avait un gros problème. C’est aussi à ce moment-là que dans mes rêves, 2 de mes amis ont péri violemment. Je suis tombé en dépression. X revenait à chaque fois pour les vacances, pendant que ma mère était je ne sais où, il en profitait à chaque fois pour s’amuser. Je ne supportais plus. J’ai fini par le dire à des amis, à l’école. Les rêves et X. Et aussi, à mes potes sur internet. J’arrivais pour la première fois à en parler et je me suis rendu compte de la gravité de l’acte de X. Et de mon silence. Et pourtant encore un autre problème m’est brutalement tombé sur la gueule ; j’avais raconté à ces filles que, lors de mes rêves, je devais tuer des gens, que c’était violent, que ça faisait peur. Les garçons de la classe ont commencé à suspecter ces messes basses et entendre « tuer ». Les filles, dans mon dos, leur ont raconter que je tuais pour de vrai des gens. De ce fait, tout est allé très vite ; des parents effrayés et paniqués qui envoyaient des plaintes à la directrice qui est remontée à ma mère qui m’a demandé des explications en me baffant. Et j’ai dit en pleurant, je me rappelle bien, « Ce que tu ne sais pas, c’est que X m’a à moitié violé… ». Le reste je ne veux pas en parler. Mais, depuis ce jour, ma mère a envoyé des textes religieux à X sur le thème de la pédophilie, et il ne m’a plus jamais retouché. Il fait chier depuis ça en fait. Mais grâce à maman je subis plus tout ça. Bref cette histoire au final s’est bien terminée, et aujourd’hui l’histoire avec X je m’en contre-branle. Ça ne me touche plus du tout et je n’en souffre plus, je n’y pense jamais je ne suis plus une victime.

15/02/2015 c’est une belle date. J’ai eu pour la première fois une petite amie. J’avais fait le changement il n’y avait pas trop longtemps quand elle m’a dit qu’elle ressentait quelque chose. Et même si c’était sur internet, moi, ça faisait plus de 6 mois que j’avais flashé sur elle. J’la connaissais depuis environ 2 ans, je lui ai déjà parlé au téléphone, déjà envoyé une lettre, et on se parle tout le temps. L’été 2014, j’assumais pas encore totalement ma bisexualité (c’était l’époque où je ne m’étais pas encore rendu compte que le transgenre existait) et du coup je voulais pas me l’avouer. Mais finalement on est sorti ensemble et on sort toujours ensemble. Tout allait bien, en fait, jusqu’à ce qu’une autre fille débarque dans l’histoire *soupire* et là j’peux vous dire que j’ai fait la connerie de ma vie.

A l’école, il y avait une fille. On va l’appeler….F. F et moi on s’entendait super bien. Elle était au courant que j’étais un mec et elle me considérait bien comme ça. En janvier, aussi, elle m’a avoué qu’elle avait subi des attouchements sexuels de son grand-père maternel. Dans la foulée je lui ai avoué pour X, en confiance, puisque moi aussi je connaissais son secret. C’était la première fois qu’elle en parlait. Ça l’avait tellement troublé que le lendemain, devant moi, elle a fondu en larmes en répétant « Je savais pas, je savais pas ». Elle m’avait touché. J’aurai voulu la prendre dans mes bras mais je n’osais pas encore, à cause de mon physique pas totalement masculin. Ce qui s’est vite réglé ; cheveux coupés et compresseur de poitrine. Elle ne me reconnaissait plus, elle voyait enfin qui j’étais et ce que je voulais être et elle me préférait comme ça, et moi pareil. La connerie a débuté avec des petits bisous sur le front, sur la joue, des câlins. Ce petit jeu avec lequel on s’amusait était une véritable drogue dont on ne pouvait pas de passer. A chaque fois qu’on allait chez elle, on allait dans la cabane du jardin, on fermait à clé. On jouait à un jeu sur son portable et si l’un perdait, on devait embrasser la joue de l’autre. Un jour, alors qu’on était seuls dans la maison, elle m’a parlé de sa chatte qui avait disparu il y a un temps alors qu’elle l’avait depuis 3 ans. Elle a commencé à pleurer. Elle a filé dans la chambre d’à côté et je l’ai suivi, je l’ai pris dans mes bras sans réfléchir et je lui ai embrassé le front, la joue, le cou. On est devenu encore plus proche. Et là j’ai fait ma connerie. Un jour on était dans la cabane, on regardait un film. Quand je me suis redressé pour lui donner de petits baisers sur le front, comme d’habitude. Sauf qu’à la différence des autres fois, je suis descendu, descendu… jusqu’à ses lèvres. Et là j’ai vu ma petite amie, j’ai vu Emmy, j’ai commencé à imaginer que c’était elle en face de moi ; je l’ai embrassé. Elle y a répondu, et à chaque fois qu’on se retrouvait seuls à partir de ce moment, c’était pour s’embrasser. À chaque baiser, elle murmurait « Edward » et moi je pensais « Emmy ». J’ai joué avec cette fille en le sachant très bien. Je ne voulais pas jouer enfin.. je ne me rendais pas compte, j’étais enivré par le désir de continuer ce petit jeu.

Sauf que sa mère a commencé à avoir des doutes parce que F lui avait dit que j’étais un garçon. Encore une fois, tout est allé très vite. Un appel paniqué et en pleurs de F qui me disait que sa mère allait la couper définitivement de moi, qu’elle savait qu’elle était amoureuse de moi, que plus jamais elle ne pourrait me reparler et qu’elle allait se tuer, qu’elle n’en pouvait plus. Puis plus aucune réponse.

Rapidement, j’ai réagi. Menacé ses parents par messages de partout qu’ils n’avaient pas intérêt à lui faire du mal, qu’ils se trompaient sur toute la ligne, que j’étais pas lesbienne et que j’étais bel et bien un mec. J’ai menacé trop fort par contre, avec une menace de mort. Le pire c’est que.. je savais que ses parents lisaient… mais je m’en foutais de ma sécurité le plus important c’était F… et là.. ma mère rentre et me dit qu’ils ont porté plainte. La suite a été cauchemardesque. F a tout balancé. Sur X, sur moi, sur mon passé, sur tout. En ajoutant: « Il m’a dragué, c’est de sa faute ». Alors que mon discours à moi de mon côté c’était: « Lui faites pas de mal elle était terrorisée au téléphone lui faites pas de mal ». J’aurai du penser à moi.. quel idiot.. le pire c’est que, quand j’ai dit à ma mère qu’elle m’avait appelé en me disant qu’elle voulait mourir, et quand ma mère l’a dit à sa mère à elle, elle a rétorqué que: « F a dit que Edward est un malade mental, qu’il raconte n’importe quoi et que jamais elle ne se serait suicidé ».

Voilà *rire* accusé d’harcèlement sexuel et de menace de mort, j’ai été poignardé dans le dos par F parce qu’elle voulait à tout prix se protéger, tandis que moi je ne pensais pas à ma propre personne… au final c’est pas très étonnant. Enfin… je m’en suis bien sorti. Mon père a réussi à s’entendre (violemment) avec le siens pour retirer sa plainte à la condition que je ne m’approche plus de F. La douleur a été insoutenable. Parce que F c’était mon amie, c’était pas mon jouet. Je la protégeais, je l’ai aidée à passer en première, je lui ai tenu la main en cours sous la table pour la soutenir le max possible. Et non seulement elle m’avait balancé à ses parents, mais en plus elle a tout fait pour que je prenne tout dans la gueule alors qu’elle aussi, elle avait un peu fait des conneries. Le « c’est un malade mental » résonne encore dans ma tête. Les gens deviennent tellement monstrueux quand la chance leur tourne le dos… ils ont ensuite.. supprimé mon blog, mes amis, Emmy. Emmy… elle était au courant pour les baisers, je lui avait avoué en pleurs, parce que j’avais honte. Elle ne m’en a pas voulu, elle ne s’est même pas énervée, et c’est là où F et moi on a arrêté, mais on a quand même arrêté trop tard. Ma p’tite Emmy je lui parlais plus. J’étais brisé sans elle. Mais chaque nuit, j’imaginais que mon coussin c’était elle et puis je pleurais en lui disant « je t’aime » et, bizarrement, ça m’a redonné du courage.

J’ai recommencé à manger. J’ai recommencé à rire. À faire le vilain gamin que je suis, et ça est allé. J’ai récupéré mon PC et j’ai parlé en fraudant à mes amis, hors de question d’être privé d’eux à cause d’une imbécile qui s’est foutue de moi. Entre temps j’ai fait ma rentré en première, elle est toujours là, mais on se contente de s’ignorer. Elle va très bien, elle semble ne pas vraiment en avoir quelque chose à faire de cette histoire pour le moment, elle est toujours collée à un gars. Je crois qu’ils vont sortir ensembles. Je plains ce pauvre mec *ricane* tandis que moi la douleur est encore vive dans mon cœur. Je ne la déteste pas, cette fille, au fond. Contrairement à elle je n’ai pas menti quand je disais « Je tiens à toi ». Je tiens vraiment à elle. Je ne souhaite que son bonheur après tout si elle est heureuse, c’est bien. J’aurai apprit une bonne leçon de cette grosse histoire.

Actuellement c’est plutôt stable avec ma famille. Je recommence à rire et à faire le guignol. Même si en ce moment, niveau moral c’est pas top. Je commence à plus du tout supporter le fait d’avoir une poitrine. J’en veux plus j’en ai marre. Ça m’étouffe, je veux avoir un torse, et ça me donne envie de pleurer de désespoir. Et je supporte de moins en moins d’entendre mon prénom féminin que je hais. Je veux m’appeler Edward, devenir un homme biologiquement parlant. Rejoindre Emmy, faire du manga et des cartoons, avoir deux gosses. Ma mère me martyrise moins depuis que j’ai parlé à un psy, il y a un mois environ. Avant, elle me balançait à la gueule, « Tu vas voir, je vais te montrer une vidéo de 2 filles qui s’embrassent. Tu vas voir comme c’est dégoûtant ! A moins que tu n’aimes ça ? ». Que voulez vous que je réponde à ça ? Baisser la tête ? « Oui j’aime ça » ? C’était horrible.

Maintenant ça va beaucoup mieux. Même si je n’ai toujours pas le droit de m’habiller comme je le voudrai, de parler comme je le voudraia. Mais je pense.. que la prochaine fois qu’il y aura une grosse crise à la maison à cause de ça, je lui dirait que je veux aller en France et qu’il y a des associations pour moi, qu’elle peut bien me rejeter de la maison ça m’arrangera. J’en ai rien à branler… de la perdre ou non… de toute façon depuis tout petit je suis habitué à ce qu’on me dise « Elle a un cancer elle va peut-être mourir dans 1 ou 2 ans ». Même elle elle me dit que ça peut arrivé n’importe quel jour. Alors la perdre de cette façon ou d’une autre ça change quoi ? Je m’en fous, je m’y suis préparé. Mon propre bonheur est plus important que le siens. Je n’aime pas vraiment mes parents. Si j’avais été enfant unique, je vous assure que je me serai déjà cassé depuis longtemps, que X serait déjà en taule. Mais je suis bloqué par la case « Frère et sœur ».

Bref, voilà pour mon histoire. Hyper compliquée et j’ai certainement oublié de tas de trucs… mais bon la vie est pas totalement noire non plus ; ce Noël je vais aller voir Emmy, à Grenoble. Ma mère ignore qu’on ne s’aime pas juste comme de simples amis *rire* j’aime pas lui mentir à maman… je lui mens tout le temps quand je lui dis que je parle pas à mes amis et tout. Mais moi j’en ai marre d’être triste, et pour pas être triste, j’ai besoin d’eux. Bref ce Noël sera magnifique. Et là je vais pouvoir embrasser une fille sans aucun scrupule ! *rigole* Merci d’avoir pris soin de lire tout ce bordel. J’en ai pris certes plein la gueule mais Emmy me redonne un courage fou. La motivation que j’ai pour la voir est sans limite. Heureusement que tout le monde n’est pas comme F. J’aimerai ajouté que si quelqu’un a vécu un truc similaire je le soutiens de tout cœur et j’insiste sur le fait qu’il faut pas baisser les bras. C’est pas facile la vie, c’est même mégadure, mais on s’en fout, si on en sort on dira qu’on est un héros. Faut jamais jamais jamais baisser les bras. Et s’accrocher à n’importe quoi, tant qu’on s’accroche.
Peace.


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