Le fait d’être transgenre résonne en moi, je ne vais pas bien… serait-ce lié aux conflits familiaux?


Bonsoir, je me présente, je suis une jeune fille de 19 ans.
J’ai, depuis cet été, un dégout de moi-même, si je peux dire comme ça, et ça ne part pas. J’ai toujours eu le sentiment d’avoir quelque chose qui cloche depuis l’adolescence et c’est pour cela que j’en suis venue à m’identifier à des personnes trans. Il faut préciser que j’ai toujours été très angoissée, perdue etc, et il y a aussi depuis 2-3 que ça ne va pas du tout chez moi, bon là ça s’est « apaisé » mais il y a énormément de conflits chez moi, entre mes parents, entre mon père et moi, mon père et mes soeurs puis moi et ma mère (oui c’était le chaos), pour tout dire mon père est violent et l’a été avec moi, et c’est à la suite de ses différentes crises que ça a explosé chez moi. J’ai eu à nombreuses reprises le sentiment de voir mon monde se détruire, me plongeant je pense dans la dépression.

Je parle de la relation avec mes parents car ce sont des pistes que j’ai entreprises pour comprendre ce questionnement de genre que je traverse aujourd’hui. Dans mon enfance j’étais une vraie « fille à papa », c’était lui qui s’occupait tout le temps de moi etc, c’était vraiment l’homme de ma vie, vient ensuite l’adolescence, les mini rebellions qui finissent en scène de violence ou encore moi qui défend toujours ma mère des sa violence etc, et je pense qu’à partir de là, il y a eu une rupture entre lui et moi. J’ai également grandi dans une petite école de campagne principalement composée de garçons, pour ne pas dire totalement. Tout mes camarades étaient des garçons. De tout ce dont je me souvienne, il y a quand même eu une distance entre eux et moi, je préférai aller jouer à l’intérieur, lire etc pendant qu’ils jouaient au tracteur à l’extérieur bref… Donc est-ce que je suis réellement une fille de par ce comportement, ou alors est-ce un cliché du genre, suis-je juste différente ou encore est ce que je répondais juste au cliché qu’on attend de mon genre? Vous l’aurez compris, je suis extrêmement perdue.

De plus que ce questionnement est devenu un obsession depuis novembre je dirai, avant je n’y avait jamais vraiment pensé… avant j’aimais mettre du vernis, depuis quelques mois je n’en porte plus, même me maquiller n’est plus un plaisir, et pourtant ces trucs « féminins » étaient un plaisir justement, enfin je crois? et si je m’étais faite à cette idée d’être une jeune fille? le déni?

Est-ce que c’est une passade ou alors j’ai toujours été dans le déni? Je sais que je suis la seule à pouvoir répondre, mais j’ai vraiment du mal à cerner ce que je veux, ou alors ce que je voudrai mais que je pourrai renier etc

Le fait d’être transgenre résonne en moi, et ça m’en rend malade, car j’aimerai juste correspondre, être tranquille si vous voyez ce que je veux dire… Ou alors c’est une phase d’acceptation? Je suis perdue… j’ai aussi essayé de me masculiniser dans ma tenue, toute seule bien évidemment et dans ma chambre, pour essayer d’avoir un déclic, et ce que j’ai ressenti était très flou, pas de déclic ou quoi… donc je me trompe? il y a une phase d’acceptation? je ne suis un genre ni l’autre ?

En même temps ça répondrait à beaucoup de ce sentiment de mal-être que j’ai constamment et de ne pas être moi…
Autre élément qui me semble important : cela fait plusieurs années que cette phrase résonne dans ma tête : « je ne sais pas qui je suis, j’arrive pas à savoir qui je suis »

j’ai envie d’hurler tellement c’est pesant de traverser tout ça, de ne pas savoir qui l’on est… c’est pire que tout.
Autre chose pour que vous arriviez à me « cerner » : j’ai toujours été féminine du moins je pense, mais toujours avec un attrait je dois dire pour le comportement de mec, j’ai également beaucoup de compliments ou de regards d’homme, ce qui avant me plaisait, aujourd’hui me met mal à l’aise… je correspond aux critères de beauté de notre société (et dieu sait ce que j’en pense de leur critères) et voilà il n’est pas rare que l’on me dise « mais qu’est ce qu’elle est belle, qu’est-ce qu’elle est grande nanana »

Je vous écris pour avoir quelques pistes en plus, même si je sais que la plupart des questions posées ici sont des questions auxquelles je suis la seule/le seul à pouvoir répondre… et je m’excuse par avance du brouillon qu’est mon message, mais j’ai préféré écrire la trace écrite de mon questionnement qui me vient naturellement quand j’y pense, j’espère que ça ne sera pas trop pénible à déchiffrer… merci

Bonjour, merci de nous écrire.
La situation que tu vis semble très prenante et difficile. Nous envoyer un message est déjà un pas dans la bonne direction, tu sais.
Ça prend du courage pour briser l’isolement !

Tu vis (ou as vécu) des violences familiales et tu te demandes si cela est en lien avec ton questionnement au sujet de ton identité. Le fait de vivre de telles violences, ou encore l’anxiété et la dépression, n’affectent pas le genre. Les personnes trans ou queer ne le sont pas parce qu’elles ont vécu des événements traumatiques, mais parce que leur genre ne correspond pas à celui qui leur a été assigné à la naissance. Par contre, l’anxiété sévère et la dépression peuvent découler de la non-acceptation ou le non-respect de notre identité de genre par notre entourage (et le reste du monde!) lorsqu’on est trans.

Les événements que tu as vécus peuvent t’amener à réfléchir ta façon de te définir, de te présenter et aux manières que tu as de concevoir le monde. Ce n’est peut-être pas agréable, mais c’est normal, tu sais.

Les activités et comportements que tu désignes comme étant « féminins » le sont pour toi, certainement. Toutefois, la féminité trouve sa définition dans la personne qui la vit. C’est une définition variable; chacun.e vit sa féminité autrement. Pour certaines, c’est dans l’apparence, par exemple dans la façon de se vêtir, de se coiffer, de se maquiller. Pour d’autres, tout est dans l’attitude. Certain.e.s se définissent selon les critères de la société que tu mentionnes, certain.e.s le font en opposition à un autre genre (par exemple, lorsque tu expliques que tu faisais des choses différentes des garçons de ton entourage), d’autres créent une féminité à leur image. Pour certaines personnes, il s’agit simplement de la constatation qu’iels ont été assigné.e.s garçons ou filles à la naissance et que cela leur convient, qu’iels naviguent en société en étant perçues comme femmes ou hommes et qu’iels sont à l’aise ainsi. Le plus important dans tout cela, c’est le ressenti. Pour en savoir plus sur le genre, je t’invite à lire cette réponse très riche qui a été conconctée par un.e collègue non-binaire.

Tu sais, les regards et compliments (du moins, les catcalls, une forme de harcèlement) ne sont pas agréables pour un grand nombre de femmes. Cela n’affecte pas leur féminité. Après tout, généralement, ces regards et compliments ne sont pas sollicités et créent parfois de l’inconfort. Nous pouvons vivre la féminité et développer notre style sans avoir l’approbation de l’autre, surtout lorsque l’avis de l’autre n’est pas demandé ! Tu peux regarder cette vidéo pour en savoir davantage sur la culture du harcèlement de rue.

En terminant, aurais-tu été dans le déni durant les dernières années? Je n’en ai pas l’impression; je crois plutôt que tu cherches à te définir ou à te redéfinir, simplement. Il se peut que ta définition de la féminité se modifie, évolue. Il se peut aussi que tu découvres que la binarité te convient plus ou moins. Comme tu l’expliques, ces réponses ne peuvent venir que de toi, mais j’espère t’avoir proposé des pistes de réflexion qui te seront utiles.

Pour avancer un peu plus facilement et avoir un suivi personnalisé, je te propose de consulter un.e psychologue, sexologue ou travailleur.se social.e de ta région. Qu’en dis-tu? Aussi, n’hésite pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin, d’accord? Nous sommes là pour toi.

Au plaisir de te relire,
Marie-Édith, B.A. sexologie, pour AlterHéros


About Marie-Édith Vigneau

Diplômée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en sexologie et de l'Université de Montréal en intervention en déficience intellectuelle et en troubles du spectre de l'autisme, Marie-Édith est passionnée de musique, de voyages, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine en toute saison et de faire semblant de bien cuisiner.

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