J’ai beaucoup de haine en moi causée par la transphobie que je vis…


Bonjour,
J’ai beaucoup de haine en moi à tel point que dans ma tête, je réalise des scénarios de torture sur des gens. Cela me procure souvent des insomnies. Je suis un homme trans, et je suis en couple avec une femme trans. Je ne supporte tellement pas les injustices, le mépris des gens envers ma compagne et moi, que j’ai envie de me venger. J’en deviens violent, j’ai l’impression qu’à tout moment je peux tuer quelqu’un. J’ai l’impression de devenir fou quand la haine monte en moi. Dès fois, quand je me balade, je suis prêt à attaquer n’importe quel mec qui viendrait se foutre de moi, et le pire, c’est quand on fait du mal à ma compagne… Je prends du plaisir à les imaginer agoniser, je veux qu’ils souffrent. Je considère qu’ils ne méritent même pas de vivre. J’ai l’impression parfois d’être un pervers… je cherche à procurer l’angoisse chez ces moins que rien. Le problème, c’est que même si ces ordures représentent objectivement une minorité de la population, ils prennent énormément de place. Je ne sais plus quoi faire, je ne veux pas qu’on sache qu’en réalité je suis comme ça, donc je n’en parle à personne. Je me sentirais trop honteux d’aller voir un psy en face à face. Que puis-je faire pour mieux vivre ? »

Quentin

 

Bonjour Quentin,

Avant toute chose, merci d’avoir pris le temps de nous écrire. Je tiens à te féliciter de nous avoir contacté, il faut beaucoup de courage pour communiquer ce type de situation. De plus, verbaliser à l’écrit ce type d’émotions est important et peut permettre de catalyser ces émotions négatives autrement qu’en des actions de violence, envers toi ou d’autres personnes.

Je tenterais de répondre au meilleur de mes capacités à ta question et j’espère que les éléments constituant ma réponse te permettront d’y voir plus clair dans ta situation.

Premièrement, je comprends ton sentiment d’injustice qui se manifeste sous forme de haine. Tu as raison de dire que cette haine est nocive et qu’elle pourrait tôt ou tard avoir des répercussions irréversibles sur toi, ton entourage ou sur ces personnes dont tu fais référence. Cette colère que tu vis est le résultat d’une intériorisation de plusieurs situations découlant de la transphobie que ta conjointe et toi vivez au quotidien.

Bien que je comprends entièrement la colère que tu vis, je ne peux t’encourager à passer à l’acte. Répondre à ces oppresseurs par la force physique risque, malheureusement, de ne rien régler du tout, bien au contraire. La vengeance ne parvient pas à guérir une plaie causée par la souffrance des injustices que l’on subit. Elle a comme effet d’en ouvrir une autre pour une autre personne, qui à son tour, reproduira le même scénario.

La majorité des injustices sociales que tu nommes peuvent être considérées comme des manifestations de transphobie. Ce mépris que vous subissez ta compagne et toi est le résultat de cette mauvaise compréhension que ces gens ont de votre réalité. Cela découle d’un manque d’informations à l’égard de la pluralité des genres et de préjugés à l’égard des personnes transgressant les traditionnelles normes sociales des identités de genre. Plusieurs groupes et activistes, en France comme ailleurs, s’impliquent activement pour faire changer les mentalités. Je comprends que cela peut être épuisant pour toi, au quotidien, d’être sur la ligne de front de ces actes de mépris. Je te partage néanmoins tout mon amour, mon soutien et ma solidarité. Sache que ton genre est magnifique, fabuleux et unique.

 

Connais-tu l’organisme français SOS Homophobie? Les personnes intervenantes de cette organisation oeuvre à recenser, pour l’ensemble du territoire français, les témoignages d’actes transphobes et homophobes. SOS Homophobie met également à la disposition une ligne d’écoute et un clavardage en ligne pour d’autres personnes vivant une situation similaire à la tienne. Je t’encourage à prendre contact avec cette organisation. Peut-être que de catalyser cette colère sous forme de témoignage afin de dénoncer la transphobie quotidienne que ta conjointe et toi vivez pourrait être un bon moyen pour réduire ces émotions négatives qui t’habitent? Certaines personnes en situation de marginalisation prennent parfois la décision de s’impliquer dans des groupes de soutien ou d’activistes afin de catalyser cette colère en action. D’autres personnes prennent le choix d’écrire, un journal personnel par exemple, afin de se défouler et pour mettre sur papier toutes ces idées violentes qui te passent par la tête afin qu’elles ne prennent plus autant de place dans ton esprit. Il existe également des exercices de relaxation, que ce soit de la méditation ou simplement le fait de prendre de très grandes et profondes inspirations et imaginer que toute notre colère s’évacue au moment de l’expiration…

Naturellement, la meilleure solution que je puisse te proposer est de t’entourer de personnes vivant une situation similaire à la tienne ou solidaires à ta situation. Il existe plusieurs groupes de soutien pour les personnes trans ou queer en France, as-tu vérifié ceux de ta région? Notre cercle social, c’est un peu la famille que l’on choisie. Il est important de s’entourer de personnes aptes à prendre soin des autres et auprès de qui il nous est possible de ventiler. C’est pourquoi je t’offre les hyperliens de ces différents groupes de support situés en France. La liste n’est certes pas exhaustive, mais sens-toi confortable de prendre contact avec ces derniers afin de te faire référer les groupes à proximité de chez toi.

Existrans

CLAR-T

Fédération trans et intersexe

OUTrans

 

Avant de conclure, dans tous les cas, il est contre-indiqué de conserver cette colère en toi. Il est recommandé que tu parviennes à trouver une façon qui t’est propre afin d’extérioriser cette haine. Il est à noter que ces techniques sont efficaces pour certaines personnes sur le coup, mais n’aident pas à long terme à se libérer d’un sentiment aussi envahissant que la haine. Il demeure possible d’envisager l’idée de rencontrer un.e professionnel.le qui pourrait t’accompagner dans ton cheminement personnel. Saches aussi qu’un.e psychologue n’est pas la seule option d’aide qui s’offre à toi. Par exemple, certaines personnes travailleuses sociales, intervenantes sociales ou sexologues peuvent également t’offrir un support. En contactant les divers groupes cités plus haut, ces derniers sauront aptes à t’indiquer quelques bonnes adresses de professionnel.le.s compréhensifs de ta situation. En terminant, j’aimerais que tu saches que les sentiments haineux que tu évoques ne sont pas honteux et qu’aucun.e professionnel.le n’aura de jugement négatif par rapport à cette colère. Toutefois, il est primordial que ce sentiment soit pris en charge, car à long terme cela pourrait avoir de graves conséquences sur ta santé ou sur celle d’une autre personne.

En espérant avoir répondu à ta question, n’hésite surtout pas à nous recontacter si tu en ressens le besoin et bon courage pour la suite des choses.

Alexanne, étudiante en sexologie et intervenante pour AlterHéros


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Depuis 2002, AlterHéros répond à vos questions en ligne au sujet de la diversité sexuelle, de la pluralité des genres et de la santé sexuelle en général. Nous organisons aussi des activités pour les jeunes LGBTQIA2S+ de 14 à 30 ans et leurs allié.e.s.

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