Est-ce que le fait de définir de plus en plus de genres a un effet contraire au fait de vouloir réunir les gens ?


Bonjour, 

Merci infiniment pour la réponse que vous m’avez envoyé. 🙂
Je commence a y voir un peu plus clair sur ce sujet grâce a vos réponses et aux recherches que je mène sur internet. 
Une dernière question que je me demandais : est ce que le fait de définir de plus en plus de genre n’a pas un effet contraire au fait de vouloir reunir les gens ? Ne faudrait-il pas réunir les gens ensemble et apprendre aux gens que tout le monde est différent et que cela est normal comme vous le dite ? Est ce une vision un peu trop utopiste ?
Je vous remercie infiniment pour votre patience et votre compréhension. 
Benjamin. 🙂


Rebonjour Benjamin !
Merci de nous écrire à nouveau ! Il nous fait plaisir de t’avoir éclairé.

Alors, le fait de définir de plus en plus de genres n’aurait-il pas comme effet d’éloigner les gens plutôt que de les réunir?
Tout le monde est différent et cela est normal… et il est bon d’avoir des repères pour se comprendre et se retrouver parmi toutes ces différences !

Tant qu’une réalité n’est pas identifiée, il est impossible de reconnaître qu’il s’agit de la nôtre et de trouver des personnes qui vivent une situation semblable. C’est important de nommer les choses pour qu’elles existent et, dans le cas des identités de genre, de briser l’isolement des personnes concernées et de faire de la sensibilisation à leur sujet, si nécessaire.

Par exemple, plusieurs personnes gaies plus âgées n’ont connu le terme « homosexuel.le » qu’à l’âge adulte. Pour certain.e.s d’entre elles et eux, ce fut une véritable épiphanie. Le fait de se reconnaître a permis aux communautés gaies de se rassembler. En tant que communautés LGBT (lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans), si nous n’avions pas eu de termes pour nous identifier et nous rassembler, les émeutes de Stonewall et les marches des Fiertés qui ont suivi n’auraient probablement jamais eu lieu !

Un peu d’histoire récente maintenant. Les personnes d’orientation asexuelle, une orientation peu connue jusqu’à présent, ont maintenant un groupe de discussion dans la métropole québécoise. Si le terme n’avait pas existé, les réalités propres à ces personnes n’auraient jamais eu d’écho et l’isolement aurait perduré. Tu comprends mieux le concept ? 

C’est un peu la même chose avec différentes identités de genre; les nommer permet de briser l’isolement et de mieux se comprendre. À Montréal, certains espaces de rencontres amicales sont créés par et pour les personnes trans, ce qui permet aux personnes concernées d’échanger dans un milieu plus sécuritaire, moins transphobe. Il existe aussi de tels espaces pour les personnes non-binaires.

Concernant ta seconde question, disons que le fait de « réunir tout le monde ensemble » est effectivement, du moins dans notre univers, une vision utopiste 😉

Les identités de genre ne sont pas visibles – ce qui est vu, c’est l’expression de genre (adopter un style et une façon d’agir associée à un genre ou à un autre). Il est donc facile de l’ignorer, de la nier ou de la dissoudre, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une identité peu connue, comme une identité non-binaire. Les gens confondent parfois identité de genre et expression de genre. Ainsi, lorsqu’un homme que l’on sait cisgenre (dont le genre correspond à celui attribué à la naissance, contraire de trans) affiche des caractéristiques plus traditionnellement féminines, son identité de genre peut être questionnée (« tu fais un peu femme aujourd’hui ! »), généralement avec une bonne dose d’homophobie et de sexisme.

C’est d’autant plus le cas pour les personnes trans (particulièrement les femmes trans) ou non-binaires, qui peuvent voir leur identité ridiculisée ou carrément niée (non respect du nom d’usage ou des pronoms, invalidation de l’identité non-binaire ou autres violences, visibles ou non).

Tant que certaines personnes vivront l’isolement à cause de leur identité de genre, qu’il y aura des inégalités sociales entre hommes et les femmes et entre personnes cis et personnes trans et que les réalités des personnes non-binaires seront évacuées de la sphère publique, il ne sera pas possible de se réunir en harmonie sous l’étiquette du genre humain. On peut faire un parallèle en ce qui concerne les personnes blanches et les personnes noires, autochtones et racisées; on est bien loin du concept de « race humaine » comme certain.e.s aiment le penser.

J’espère que cela alimentera tes réflexions.
Au plaisir, Benjamin !

Marie-Édith Vigneau, B.A. sexologie


About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est actuellement étudiante de deuxième cycle à l'École de travail social de l'Université de Montréal. Elle est diplômée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en sexologie et de l'Université de Montréal en intervention auprès des personnes vivant avec une déficience intellectuelle et qui sont sur le spectre de l'autisme. Elle est fan de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de faire semblant de bien cuisiner.

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