Transsexuel, transgenre, non-binarité… J’ai de la difficulté à comprendre !


Bonjour,

Je me posais une question. Ce n’est pas me concernant. J’ai tendance à analyser pas mal de sujets et le sujet qu’est la non-binarité est un des sujets les plus compliqués à comprendre que j’ai eu jusqu’à aujourd’hui. Je suis donc juste en quête de vérité.

J’ai cru comprendre qu’il y avait une différence entre les transsexuel et les transgenre. Je crois (si j’ai bien compris) que les transsexuel sont des personnes qui n’ont pas le ressenti corps/esprit qu’on les cisgenre. Et si j’ai bien compris les transgenre sont des personnes qui ne sont pas en accord avec les deux genres distincts présent dans notre société.

Ce que je me demandais au final, c’est est-ce qu’une personne peut être transgenre tout en étant cissexuel ? Ou est-ce qu’une personne transgenre est généralement transsexuel ou rien à voir ?

J’ai pas mal étudié le sujet en reprenant des faits/études/recherches scientifiques ou en me cultivant via les sciences sociales, mais pour le coup, je n’ai pas de réponse à ça.

Voilà. Merci

Mcactivist

Bonjour Mcactivist !   

  

Tu fais appel à AlterHéros aujourd’hui car, bien que cela ne te concerne pas directement, tu demeures curieux au sujet des identités de genre. « Transsexuel », « Transgenre », « Cis », « Non-binarité » ; qu’est-ce que ces termes signifient ? Quelle est la différence ? Tu n’arrives pas à trouver de réponses à tes questionnements.  

  

Commençons, si tu le veux bien, par la non-binarité. Tu dis avoir cherché de la littérature scientifique. De mon côté, une brève recherche sur Google Scholar (à l’aide du mot-clé non-binary gender) m’a rapidement permis de trouver une revue de littérature publiée par Christina Richards et al., dans la International Review of Psychiatry (2016) : Non-binary or genderqueer genders. Ne sachant pas si tu lis l’anglais, je me permets de t‘en faire un bref résumé. Certaines personnes, regroupées sous les termes parapluie « genderqueer » ou « non-binaire », ont un genre ni homme ni femme, homme et femme à la fois ou encore homme ou femme de façon variable selon le moment et le contexte. En bref, ces personnes se situent hors des catégories « binaires » que sont homme et femme (binaire signifie « qui met en jeu deux éléments ») et remettent en question l’idée qu’il n’existe que deux genres. Il est important de noter que la non-binarité n’est pas pathologique ou problématique en soi. Certaines personnes non-binaires peuvent ressentir de la détresse psychologique (anxiété, dépression), soit parce que leur genre n’est pas conforme à celui qu’on leur a assigné à la naissance et que certaines caractéristiques de leur physique (p.ex., seins, pilosité…) sont incongruentes avec l’expression de genre qu’elleux désirent avoir (dysphorie de genre), soit parce qu’elleux ne sont pas reconnu.e.s par leur entourage et la société en général pour ce qu’elleux sont vraiment (usage de mauvais pronoms, p.ex.), voire victimes de discrimination – ce qui à son tour peut mener vers la psychopathologie (une conséquence de ce que l’on appelle le « stress des minorités » ou minority stress en anglais). On comprend donc que la non-binarité ou l’identité de genre n’est pas psychopathogène, c’est davantage la détresse psychologique qu’occasionne la marginalisation et la discrimination qui l’est. Je suis consciente que je m’éloigne un peu de ta question initiale, mais cette notion me semblait primordiale à aborder. J’espère que tu me suis toujours ! Poursuivons !   

  

N’étant pas moi-même non-binaire (et, bien que la recherche et les textes scientifiques aient une utilité, j’aime bien écouter ce que les personnes concerné.e.sont à dire) , j’aimerais t’inviter à lire la réponse suivante , brillamment rédigée par Marie-Phillippe Drouin, responsable du projet l’Astérisk et personne non-binaire iel-même. Iel met notamment en lumière les idéaux, stéréotypes, attentes et hiérarchies qu’accompagnent les catégories binaires. Iel fait également usage d’une métaphore bien intéressante pour illustrer la non-binarité et la raison pour laquelle cette notion peut parfois être difficile à comprendre pour les personnes qui ont un cadre de référence binaire.

  

Maintenant ! Cis, trans… Étymologiquement, le terme Cis est d’origine latine et signifie « du même côté ». Son antonyme, Trans, signifie « de l’autre côté ». Personnellement, en ce qui concerne mon genre, je me définis comme une femme cis – je suis donc « du même côté », en accord avec le sexe et le genre que l’on m’a assigné à la naissance. Lorsque je suis née, sur la base d’un examen visuel des organes génitaux externes, le médecin a déclaré que j’étais une fille (ça semble simpliste, mais, grosso modo, c’est ça!). Puisque cette catégorie me convient, je suis cis… et j’ai de facto tous les privilèges qui viennent avec – utiliser les toilettes publiques sans me questionner ou avoir peur d’être victime de harcèlement ou de violence, pouvoir magasiner des vêtements en toute quiétude sans être dévisagée par les autres client.e.s ou le personnel, pouvoir facilement cocher mon genre sur tous les formulaires que je remplis, ne pas avoir à me battre constamment pour faire reconnaître la validité de mon existence… et j’en passe. 

 

Être trans, tu l’auras sans doute compris, c’est lorsque le genre ne correspond pas à celui qui a été assigné à la naissance. Encore une fois, selon un bref examen visuel, on coche « F » ou « M ». Le bébé est ainsi classifié dans l’une ou l’autre de ces cases et hop, c’est réglé. L’enfant sera socialisé en tant que petite fille ou petit garçon, avec les jouets, les vêtements et les attentes qui viennent avec. Il arrive cependant que certaines personnes aient un genre qui ne correspond pas avec ce qui a été coché – ces personnes sont trans. Ils, elles et iels peuvent alors modifier le prénom, les pronoms utilisés, adopter une expression de genre davantage conforme à leur genre (vêtements, accessoires, etc.), avoir recours à l’hormonothérapie (bloqueurs d’hormones, œstrogènes ou testostérone), ou encore à certaines chirurgies (ablation des seins ou augmentation mammaire, métoidioplastie, phalloplasie, vaginoplastie, etc.). Chaque parcours est unique et différent car toutes les personnes trans n’ont pas nécessairement les mêmes besoins et désirs.

 

Tu te demandes s’il y a une différence entre « transsexuel » et « transgenre ». Il est vrai que dans certains milieux, une distinction est faite entre ces deux termes. On considère, dans ces milieux, qu’une personne transsexuelle est une personne qui entreprend des démarches légales et médicales afin d’obtenir un changement de mention de sexe sur ses papiers d’identité et une reconnaissance sociale genrée, alors qu’une personne transgenre ne souhaiterait pas entreprendre ces mêmes démarches, tout en transgressant quand même les normes sociales du genre (Transsexuel, transgenre… des synonymes?). Cette opposition entre « personne ayant effectué des démarches médicales et légales » et « personne n’en ayant pas effectué » est toutefois souvent contestée, voire jugée inutile la majorité du temps. Lorsque l’on rencontre une personne, a-t-on réellement besoin de savoir si elle a eu recours à une intervention chirurgicale ? Si son permis de conduire indique « M » ou « F » ? … Pas vraiment. D’où l’utilisation de plus en plus fréquente du terme « trans » tout court, considéré plus inclusif (Lexique LGBTQ). Ces termes sont cependant en mouvance et en évolution. Dans le doute, donc, rien de mieux que de demander à la personne que l’on a devant soi les mots qu’elle préfère utiliser pour se définir (lorsque c’est pertinent, bien sûr).

 

Ouf ! C’était un peu long, n’est-ce pas ? J’espère avoir su assouvir quelque peu ta soif de connaissances au sujet du merveilleux monde de la diversité sexuelle et de genre. Si tu n’es pas trop fatigué et désires poursuivre ta lecture, tu peux explorer le répertoire des questions déjà posées d’AlterHéros, une petite mine d’or ! 

 

Je terminerais en te remerciant pour ta question et en souhaitant que tu utilises ces connaissances nouvellement acquises pour effectuer, en tant qu’homme cisgenre, un travail d’allié auprès des gens qui t’entourent. 

 

Bonne journée,

 

Jessica, pour AlterHéros


About Jessica

Jessica est présentement étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Sherbrooke. Elle détient un DEC en sciences humaines, profil action sociale et médias (2011) et un baccalauréat en psychologie de l'UQÀM (2014). Elle a travaillé dans le domaine de l'intervention à temps plein pendant un an et demi avant d’intégrer le doctorat. Son grand intérêt pour la communauté LGBTQ+ l'a amenée à s'impliquer en tant qu'intervenante bénévole au sein de l'équipe Parles-en aux Experts en mai 2015. Lorsqu'elle n'est pas en train d'étudier ou de travailler, elle aime bien aller nager ou marcher, faire du camping, jouer de la musique et flatter ses deux adorables chats. :-)

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