Comment rendre la communauté lesbienne moins transphobe ? 1


Bonjour à vous,

une collègue m’a parlé de votre site web, quelle merveilleuse initiative! Je vous écris à propos d’un enjeu qui me cause de plus en plus de de colère, de déception et de honte: la transphobie ouverte ou latente dans la « communauté » lesbienne.

J’ai l’impression d’être de remarquer de plus en plus de commentaires transphobes émis par des femmes lesbiennes cisgenres et banalisés sous le couvert d’un féminisme matérialiste, d’un lesbianisme revendicateur ou du droit à l’autodétermination. Comprenons-nous, je suis consciente qu’il existe une différence entre avoir des préférences sexuelles ou romantiques individuelles et refuser de reconnaître la légitimité de l’identité de certaines femmes, sous prétexte qu’elles n’ont pas (toujours eu) un certain type de corps ou qu’elles ont pu être socialisées au masculin pendant une période de leur vie. Cela dit, lorsque je confronte mon entourage, je me retrouve souvent à court de manières de faire comprendre… Mes interlocutrices se braquent souvent et redoublent de commentaires transphobes dans leur emportement. On me reproche aussi souvent de tenir un discours hypocrite puisque je suis en couple exclusif avec une femme cisgenre depuis 14 ans et que je ne suis pas trans moi-même (et je refuse de sortir des amies ou collègues du placard en tentant de faire comprendre à mon entourage qu’elles connaissent des femmes trans, qu’il s’agit d’une réalité concrète).

Bref, je me demandais si vous aviez des trucs ou stratégies à partager pour aborder ce genre de discussion et aider à rendre notre communauté plus accueillante, plus chaleureuse, plus respectueuse. J’ai l’impression, dans mes interventions, de faire attention à ce que mes interlocutrices se sentent respectées et validées et cela m’horripile de voir des femmes demander d’être respectées dans leur intégrité tout en refusant de témoigner le même respect envers des personnes trans.

Je me demandais aussi s’il existe, à votre connaissance, des groupes lesbiens qui tentent de faire contrepoids aux discours lesbiens ou féministes transphobes (TERF et compagnie).

Merci beaucoup!

Bien à vous,

Evelyne

 

Salut Evelyne !

Merci pour tes bons mots. Merci également de soulever un malaise bien présent pour plusieurs d’entre nous qui nous identifions comme lesbiennes et de t’exprimer à ce sujet. Ton discours n’est pas hypocrite; pas besoin d’être trans ou d’avoir un.e conjoint.e trans pour être anti-transphobe. On n’a pas besoin d’être homosexuel.le pour être anti-homophobe…

 
Il y a effectivement une différence importante entre avoir des préférences et nier l’existence ou le parcours de certaines personnes. Concernant les préférences, je t’invite à lire cette réponse de mon collègue Guillaume pour nourrir ta réflexion. La fait d’être socialisée au masculin est un argument souvent utilisé pour exclure les femmes trans des espaces féminins, mais malgré la socialisation masculine associée à un privilège, une femme trans qui fait son coming-out ne renonce-t-elle pas à ses privilèges associés à une socialisation masculine ET à ses privilèges cis? Aussi, le droit à l’autodétermination doit être accordé à tout le monde, non?

Pour faciliter le rapprochement des idées, on peut se rappeler que certains discours tenus actuellement au sujet des personnes trans sont les mêmes qui étaient jadis (et qui le sont encore parfois) tenus au sujet des personnes homosexuelles – donc à propos des femmes lesbiennes. Les femmes trans, comme les femmes cis, vivent le sexisme – ne s’agit-il pas d’un des combats du féminisme? On peut proposer de construire une alliance féministe sur la solidarité avec les femmes trans plutôt que sur l’opposition à leur inclusion. Ça demande plus de temps, mais ça dégage beaucoup moins d’énergie négative, aussi, de se renseigner à la source et d’entrer en contact avec les personnes directement concernées avec qui on partage certaines luttes (dans ce cas-ci, les luttes féministes).

 
À mon avis, il peut être intéressant d’user d’empathie (je sais, ça peut être difficile lorsqu’on est devant une personne intolérante) pour comprendre d’où viennent les propos que l’on considère comme problématiques. Ça aide à garder notre propre patience d’adopter une certaine posture d’apprenante face à l’histoire de la personne qui s’adresse à nous.
 
Comment rendre les milieux lesbiens plus inclusifs? En continuant à faire ce que tu fais: exprimer ton malaise avec la situation et dénoncer les propos et gestes transphobes. Aussi, et surtout, à passer le micro aux femmes trans lorsque tu en as l’occasion ; elles sont les personnes les mieux placées pour parler de leur expérience. Toutefois, elles n’ont pas à éduquer à tout prix les gens qui les entourent à propos de leur parcours trans, ou encore de répondre seules aux violences qu’elles vivent. Tu n’as pas besoin, non plus, de tenter de « convaincre » des féministes transphobes que leurs propos et comportements ne correspondent pas à un féminisme plus actuel – ça peut être bien épuisant et parfois, ne rien rapporter au final. À toi de voir si tu as l’énergie d’en discuter avec elles.
 
Tu te demandes aussi s’il existe des regroupements lesbiens qui font un contrepoids aux groupes transphobes. Du côté des groupes les plus reconnus au Québec, je dois te dire que la réponse est non. Malgré certains efforts observés au cours des dernières années, ces groupes ont encore parfois des réflexes et actions qui déçoivent et ils ne s’expriment que très rarement sur la place publique pour défendre activement les droits des personnes trans. Quelques groupes féministes sont activement anti-transphobes, mais aucun groupe lesbien ne me vient en tête actuellement. Si tu le souhaites, tu as toute la place pour mettre sur place un groupe lesbien trans-friendly. Tiens-nous au courant si c’est le cas, d’accord? We’re in !
 
Passe un beau week-end, merci encore pour ta question !
N’hésite pas à nous réécrire au besoin.
Marie-Édith, B.A. sexologie 

About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est actuellement étudiante de deuxième cycle à l'École de travail social de l'Université de Montréal. Elle est diplômée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en sexologie et de l'Université de Montréal en intervention auprès des personnes vivant avec une déficience intellectuelle et qui sont sur le spectre de l'autisme. Elle est fan de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de faire semblant de bien cuisiner.


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