Le sécurisexe entre femmes: vous sentez-vous concernées?
Lyne Massie
Femmes entre elles,
2003/01
En guise d'introduction
Bonjour à vous toutes ! C’est avec grand plaisir que j’ai accepté de collaborer à la revue Entres Elles à titre de sexologue afin de partager avec vous les beautés et les mystères de la sexualité féminine; de la sexualité entre femmes. Tout au long de ces chroniques, je souhaite pouvoir vous informer, vous sensibiliser, vous amener à entamer une réflexion, vous divertir et vous amener à démystifier et découvrir les dimensions de la sexualité humaine.
Ce mois-ci j’aborderai un sujet tabou, un sujet rarement étudié et très peu documenté : Le sécurisexe entre femmes.
Une fausse croyance
Il est admis que la plupart des femmes ayant des relations sexuelles uniquement avec d’autres femmes ne se sentent pas concernées par la possibilité d’entrer en contact avec le VIH ( virus de l’immunodéficience humaine). En effet, depuis que le virus du sida s’est infiltré au sein de nos relations sexuelles, la communauté lesbienne n’a jamais été au centre des préoccupations concernant la prévention du VIH/sida et des recherches à propos de l’épidémie du VIH/sida. Ainsi, dû au manque d’études scientifiques chez ce groupe de femmes, nous connaissons très peu d’information et conséquemment, nous en parlons peu. Cette carence a entraîné un faux mythe voulant que les femmes d’orientation homosexuelle ne soient pas exposées au risque d’entrer en contact avec le virus du sida. Les lesbiennes ont donc développé une fausse impression de sûreté, voire même d’immunité, les amenant à ne pas être conscientes des risques que peuvent représenter les relations sexuelles non protégées entre femmes.
Les pratiques sexuelles et les facteurs de risque
Même si à l’heure actuelle, au Canada, il semble n’y avoir aucun cas de transmission du VIH/sida dû à des contacts génitaux entre deux femmes, cela ne signifie pas pour autant que les pratiques sexuelles entre femmes soient des pratiques sans risques. Selon les connaissances actuelles, il existe quatre grands modes de transmission du VIH: le partage de seringues contaminées, la transmission de la mère à l’enfant lors d’une grossesse, la transfusion de sang et de produits sanguins contaminés ( avant 1985) et les contacts sexuels non protégés. Au niveau des relations sexuelles non protégées, le VIH peut se transmettre par contact avec les liquides du corps humain tels que le sang, le sang menstruel, les sécrétions vaginales, le sperme et le liquide pré-éjaculatoire. Ainsi, lors de contacts sexuels sans protection tels que le contact génito-génital (le tribadisme) et le partage d’objets sexuels, la transmission du VIH peut se produire par l’échange entre les sécrétions vaginales et/ ou le sang des menstruations et les muqueuses génitales des partenaires. Quant au cunnilingus (sexe oral), le facteur de risque est présent par le contact sans protection avec les sécrétions vaginales de la partenaire sexuelle. De plus, les pratiques sexuelles des femmes d’orientation homosexuelle et bisexuelle nommées ci-haut peuvent également favoriser la transmission d’une MTS (maintenant nommée ITS pour infection transmise sexuellement) au même titre que le VIH. Bien que les femmes d’orientation homosexuelle soient moins à risques de transmettre une ITS à leur(s) partenaire(s) féminine(s) que les femmes d’orientation hétérosexuelle à leur(s) partenaire(s) masculin(s), il n’en demeure pas moins qu’elles ne sont pas totalement à l’abris de pratiques sexuelles à risque. Malgré l’ambiguïté entourant les cas de sida et les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes, il peut arriver que des lesbiennes et des femmes bisexuelles contractent le VIH et ou une ITS. En effet, les lesbiennes et les femmes bisexuelles qui sont par exemple utilisatrices de drogues injectables, qui ont des relations sexuelles non protégées avec des hommes, qui ont reçu des transfusions sanguines avant 1985 ou qui se sont prêtées à l’insémination artificielle avec le sperme d’un donneurs non testé peuvent avoir été en contact avec le VIH.Les femmes ayant des rapports sexuels avec d’autres femmes courent donc également le risque d’entrer en contact avec le VIH, par l’entremise des modes de transmission que nous connaissons, si elles n’adoptent pas des comportements sécuritaires.
La prévention et la protection pour une saine sexualité
Comme il n’existe pas de remède contre ce virus et que le seul moyen de s’en prémunir demeure la prévention et les relations sexuelle protégées, il est important de discuter de cette réalité avec sa partenaire et de connaître les facteurs de risque possibles concernant son passé sexuel ( a-t-elle eu des relations sexuelles avec des hommes utilisateurs de drogues injectables, avec des hommes d’orientation homosexuelle ou bisexuelle ou avec des personnes vivant avec les VIH/sida ?). Il est également recommandé de passer un examen gynécologique annuel ( le test PAP) afin d’évaluer l’état de santé de vos organes génitaux et/ou des tests de dépistage du VIH et des ITS si vous croyez avoir été exposées à un comportement sexuel à risque ou à un facteur de risque. En ce qui concerne les moyens de protection possibles, la digue dentaire (un carré de latex empêchant la transmission du VIH et des infections transmises sexuellement) ainsi que le condom coupé dans sa longueur et dont le bout réceptacle aura également été coupé peuvent vous assurer une protection.
Enfin, souvenez-vous que chacune a la liberté de décider de quelle façon elle appliquera (ou non) les recommandations émises en matière de sexualité protégée. Il ne s’agit pas de vous alarmer. Au contraire, il s’agit simplement d’être en mesure de pouvoir en discuter avec votre partenaire, de connaître les risques possibles pour vous ou votre partenaire afin que vous puissiez vivre une sexualité en santé et axée sur le respect mutuel.
Je vous souhaite à toutes une saine et belle sexualité !
Au mois prochain
Cet article a été publié avec la permission de Lyne Massie.
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