Publicit/
AlterHéros - J'ai deux papas... et pas de maman!
100 000$ pour venir en aide à SEROvie
Page d'accueil
Zone des alterhéros
Bénévoles en action
Pour jeunes seulement
Parents & Famille
Profs & Intervenants
Réseau d'entraide
Déclaration des Alliés
À propos d'AlterHéros
Suivez-nous partout! Ajouter AlterHéros à Mon Yahoo!
Ajouter AlterHéros à Page d'accueil Google
Flux RSS

J'ai deux papas... et pas de maman!
Caroline Beauchamp
Le Soleil, 2008-06-06
Ads
Vendredi, 16h30. Fin de la semaine. À l’autre bout du fil, Alain Audet fait plus qu’accorder une entrevue au téléphone. Il joue aussi son rôle de parent d’un bout de chou de trois ans et demi, qui demande son attention: «Cole, va jouer, mon amour, papa, il parle au téléphone…» Avec son conjoint, Raphael Aylman, ils forment une famille. Cole a deux papas. Pas de maman.

Les plus récents chiffres disponibles de Statistique Canada datent de 2001 et indiquent qu’il y aurait 3000 couples homosexuels qui élèvent des enfants au pays. Le plus souvent, les enfants sont issus d’une précédente union hétérosexuelle et vivent une partie du temps chez l’un de leur parent qui vit en couple, avec un conjoint de même sexe. De l’avis des spécialistes interrogés cependant, ce nombre serait en réalité plus élevé puisque ces couples, formés surtout par des femmes, ne sont pas toujours très chauds à l’idée de révéler leur situation familiale.

Alain Audet et Raphael Aylman, la jeune quarantaine, ont choisi la voie de l’adoption au moyen de la banque mixte des centres jeunesse, afin de donner vie à leur projet de fonder une famille. Ils ont d’abord été famille d’accueil pour l’enfant, jusqu’à ce qu’il soit déclaré adoptable, ce qui, dans leur cas, s’est produit l’an dernier, après presque deux ans d’évaluation et de processus judiciaire. «Avant que Cole soit officiellement adopté, on s’est mariés ; c’était important pour nous, confie Alain Audet. Le choix de la banque mixte s’est imposé, à mesure que les autres options étaient éliminées.»

L’adoption internationale n’est pas accessible aux couples gais. Sur la quarantaine de pays avec lesquels le Canada a des ententes, seuls une dizaine acceptent l’adoption pour une femme seule, et seulement Haïti s’il s’agit d’un homme. Mais dans ce cas, il aurait fallu qu’un seul de nous deux adopte et que nous cachions notre homosexualité. On ne voulait pas mentir à l’enfant au départ », explique-t-il. Ils ont aussi envisagé, sans la retenir, ce que les Français appellent la coparentalité (avoir un enfant avec un couple de lesbiennes). Quant à la mère porteuse — pratique interdite au Canada en échange de rémunération, il faut donc trouver une maman prête à s’investir « de bon cœur » —, c’est une possibilité qu’ils ont reléguée plus loin, l’adoption s’étant réalisée. De nouvelles démarches sont d’ailleurs en cours pour donner un frère ou une sœur à Cole.
 
Grandir dans une famille homoparentale
Vous êtes de ceux qui croient qu'un enfant doit nécessairement avoir un père et une mère pour s'épanouir et grandir sainement ? Que l'infécondité naturelle d'une union entre personnes de même sexe permet de conclure que «ce n'est pas nature», et donc, pas souhaitable ? Anne-Marie Ambert, sociologue de la famille à l'Université de York, a entendu ces arguments nombre de fois. «Les gens pensent que la famille traditionnelle, qui présente le modèle féminin et le modèle masculin, est la recette idéale, souhaitable au développement harmonieux de l'enfant, notamment au plan de son identité sexuelle», explique-t-elle. Or, il semble bien que cette croyance gagnerait à être actualisée. «Un enfant ne doit pas nécessairement avoir un père et une mère, c'est une conclusion prématurée, affirme-t-elle sans ambages. Ce que les recherches montrent, c'est qu'il est préférable pour un enfant d'avoir deux parents, peu importe leur sexe.»

Même son de cloche chez Line Chamberland, sociologue à l'UQAM. «Le fait d'être homosexuel n'a pas d'incidence sur la qualité de parent, ça n'a rien à voir», dit-elle.

À leur avis, le défi des enfants élevés par des parents de même sexe se situerait plutôt sur le plan des préjugés sociaux. L'enfer, c'est les autres ? Pas nécessairement, si l'on en croit l'expérience d'une famille de Québec.

Marie-Claude Carrière est la maman de quatre enfants. Ses trois filles de 12, 14 et 16 ans, elle les a eues d'une union avec un homme, de qui elle s'est séparée alors que l'aînée avait sept ans. Elle est tombée amoureuse d'une femme, avec qui elle a eu un fils, qui a aujourd'hui six ans.

C'est sa blonde qui a porté l'enfant. Marie-Claude l'a inséminée, à la maison, à partir du sperme d'un donneur, gai, «qui voulait nous offrir ce cadeau», dit-elle.

Sur le certificat de naissance, l'enfant est né de père inconnu, et le nom de Marie-Claude ne figure nulle part. Légalement, elle n'a donc aucun droit sur lui. «Mais c'est un risque et une responsabilité que j'assume pleinement, mentionne-t-elle. Nous sommes séparées depuis juillet dernier, après avoir vécu neuf ans et demi ensemble, et nous nous entendons très bien.» L'enfant vit en garde partagée une demi-semaine chez l'une et chez l'autre.

Avec toute la spontanéité de ses six ans, le petit bonhomme affirme : «J'ai deux mamans. Ma vraie maman et l'autre», en montrant Marie-Claude, qui ne s'offusque pas d'être «l'autre» maman, celle qui n'a pas enfanté... Chez elle, pas de cachette : les choses sont dites, la transparence règne. La plus jeune des filles raconte. «Quand mes amies viennent à la maison, des fois j'oublie de leur dire que ma mère est lesbienne. Je les fais visiter et quand j'arrive à la chambre de maman, je dis : "C'est la chambre de maman et de sa blonde." Alors là, elles demandent : "Ta mère est lesbienne ?" Et je réponds : "Ben oui, je te l'avais pas dit ?" Et on continue la visite...»

Les trois ados disent ne pas avoir été victimes de préjugés, ou de remarques désobligeantes dans leur milieu social et scolaire. Sauf peut-être parfois de la part des personnes âgées, qui lancent des regards désapprobateurs à leur mère, qui tient sa blonde par la main dans la rue. Mais sinon, tant les éducatrices à la garderie que les profs à l'école ne font pas de cas de leur situation familiale. «En fait, la seule anecdote qui me vient à l'esprit, se souvient Marie-Claude, c'est lorsque ma plus grande était revenue de l'école primaire une fois en pleurant. Elle m'a dit : "Maman, les enfants disent que t'es lesbienne !" Alors je lui ai expliqué ce que ce mot voulait dire. Et elle a répondu : "Ah bon, c'est juste ça ! Ben alors, c'est correct." Et ça s'est terminé là, je n'en ai plus entendu parler !»

En voyage
Quant à Alain Audet et Raphael Aylman, leur projet parental a été bien reçu dans leur milieu. «Cole va à la garderie, où nous sommes très impliqués ; les autres parents nous connaissent», dit le jeune papa.

Il y a bien certaines situations où leur famille surprend, comme lorsqu'ils reviennent de vacances à l'aéroport de Montréal et que le douanier demande avec insistance où est la mère de l'enfant. «Mais on voyage toujours avec tous les papiers légaux. Une fois la surprise passée, les gens n'ont pas de problèmes», affirme Alain.

Reste que c'est en raison de la marginalité de leur situation que le couple a créé un site Internet, www.papadaddy.ca, pour échanger avec d'autres papas gais qui ont des enfants. Ils en connaissent au moins 75 autres, la plupart dans la région de Montréal, et espèrent qu'ils seront toujours de plus en plus nombreux.

Enfants hétéros
Les deux plus grandes filles de Marie-Claude ont des chums ; toutes les trois affirment qu'elles sont hétéros. Et elles sont unanimes à s'insurger du fait qu'on leur ait dit plusieurs fois que leur petit frère serait gai, assurément. «C'est ridicule !» lancent-elles en choeur. L'aînée ajoute : «Il n'y a pas plus gars que mon frère. Et puis, si jamais il était gai, ce serait pas à cause qu'il a deux mamans. C'est une personne qui élève un enfant, ça n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle !»

Les chercheurs lui donnent raison. Danielle Julien, professeure au département de psychologie à l'UQAM, explique que les recherches empiriques menées à ce jour ne montrent pas de différences sur le plan de l'orientation sexuelle entre les enfants élevés dans des familles hétérosexuelles et homosexuelles.

De plus, elle ajoute que l'on a observé que les enfants élevés dans des familles homoparentales montraient une plus grande ouverture devant leur choix de carrière, ce qui s'expliquerait par le fait qu'ils ne grandissent pas avec une distribution stéréotypée des rôles, où la maman fait la cuisine et le papa tond le gazon.

Bref, selon Danielle Julien, il faut se poser une seule vraie question : «De quoi un enfant a-t-il besoin ? D'un amour inconditionnel. Cet amour doit provenir au moins d'une personne, qui réponde à ses besoins lorsqu'il est petit, qui le stimule. C'est ça qui fait qu'un enfant deviendra une personne forte et résiliente.»
 


  1 personne a réagi à cet article

Coparents France
2008-10-01 | Hétéroparentalité ou homoparentalité : voici un site qui regroupe les deux ! www.coparents.fr site de petites annonces pour trouver un co-parent.
 

   
 
 
AlterHéros est un organisme canadien
à but non lucratif géré bénévolement
Canada / Quebec

Avis juridique
- Politique de confidentialité
© 2002-2010 AlterHéros - Tous droits réservés