- Au Québec, les femmes représentent environ 9% des cas de sida. Des contacts avec des gens du réseau de la santé ont permis de mettre en lumière le manque ou plutôt l’absence d’informations concernant la transmission du VIH chez les lesbiennes. C’est un sujet dont on connaît peu de choses et dont on parle peu.
Dans un document gouvernemental traitant de l’infection au VIH chez les femmes, on mentionne «qu’au Canada, on n’a recensé aucun cas de sida attribuable à des contacts sexuels entre femmes».1 Les lesbiennes seraient-elles moins à risque? Des études américaines ont cependant démontré qu’en raison de certains comportements, les femmes homosexuelles pourraient être plus à risque que les femmes hétérosexuelles. Selon une étude sur le VIH et les comportements à risque 2, des 9% de l’ensemble des femmes (135/1518) qui ont rapporté avoir des contacts sexuels avec d’autres femmes, 93% ont également rapporté avoir des contacts sexuels avec des hommes. De plus, les femmes ayant des contacts sexuels avec d’autres femmes:
- sont plus actives sexuellement car 38% ont eu trois partenaires ou plus durant les trois derniers mois, comparativement à 13% chez les femmes hétérosexuelles;
- reconnaissent avoir eu des échanges sexuels pour de l’argent ou de la drogue au moins une fois depuis 1978 dans 48% des cas, comparativement à 12% chez les femmes hétérosexuelles;
- pratiquent davantage le sexe oral (bouche-pénis), les pénétrations anales et moins de pénétrations vaginales que les femmes hétérosexuelles, lors de leurs contacts sexuels avec des hommes;
- ont également plus de partenaires sexuels à haut risque depuis 1978, incluant des utilisateurs de drogues injectables, des hommes bisexuels et des personnes infectées au VIH.
Une autre étude conclut que «la séroprévalence du VIH est significativement plus élevée parmi celles qui ont rapporté une histoire d’utilisation de drogue par injection, ou une histoire de pénétration anale ou vaginale avec des hommes gais/bisexuels ou avec des hommes utilisateurs de drogues par injection».3.
La rareté de l’infection au VIH chez les femmes ayant des contacts sexuels exclusivement avec d’autres femmes engendre donc une fausse perception de sécurité. De se sentir moins à risque ne signifie pas pour les lesbiennes de n’être pas à risque. Ce sentiment d’être à l’abri fait oublier les comportements qui exposent aux risques d’infection. La transmission du VIH peut survenir majoritairement durant les relations sexuelles, lors de l’utilisation de drogue par injection avec échange de seringues, à la suite d’une transfusion sanguine reçue avant 1985 et lors de l’insémination artificielle. L’infection au VIH (virus du sida) peut occasionner des problèmes tels que: fièvre, infections vaginales, diarrhées chroniques et cancer du col de l’utérus.
Les messages contradictoires entourant les risques associés aux pratiques sexuelles des lesbiennes engendrent beaucoup d’ambiguÏté. Les femmes demeurent très perplexes sur des questions de base: le sexe oral est-il à moindre risque? Le sang menstuel augmente-t-il les risques de transmission? L’insertion de doigts dans le vagin constitue-t-il en soi un faible risque, un très faible ou aucun risque? L’information véhiculée sur les risques d’infection au VIH est peu documentée en ce qui concerne les lesbiennes. On sait cependant que le virus du sida est une maladie mortelle et que des femmes ayant des contacts sexuels avec d’autres femmes ont le sida.
Si vous avez des questions, vous pouvez
obtenir de l’information en composant sans frais:
INFO MTS-SIDA:
Québec et sa banlieue: 648-2626
Ailleurs au Québec: 1-800-463-5656.
France Laroche
coordonnatrice, «Étape par étape» COCQ-SIDA
N.D.L.R. L’auteure suggère la lecture d’une étude toute récente publiée en anglais par le Women’s Programs, AIDS Vancouver et intitulée Acknowledging Diversity: Questioning Authority, A Report on the Findings of the Women Who Have Sex with Women Survey, by Claudia Brabazon.
- 1 Santé et Bien-Être Canada, Les femmes et le sida: un défi pour le Canada au cours des années 90, Ministère des Approvisionnements et Services Canada, 1990.
- 2 Jean Bevier, Pamela, et coll., Women at a Sexually Transmitted Disease Clinic Who Reported Same-sex Contact: Their HIV Seroprevalence and Risk Behaviors, American Journal of Public Health, October 1995, Vol. 85, No 10.
- 3 Lemp, Geoge F., et coll., HIV Seroprevalence and Risk Behaviors Among Lesbians and Bisexual Women in San Francisco and Berkeley, California, American Journal of Public Health, October 1995, Vol. 85, No 11.
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Sans Préjudice... pour la santé des femmes - printemps 1996 - numéro 10