L’autre soir, je zappais à la télévision et je suis tombé par hasard sur un documentaire intitulé Life on Christopher St. (La vie sur la rue Christopher), dirigée par Maria Clara, une exposition de l’année 2002 se concentrant sur de jeunes gais urbains et leurs vies dans la communauté gaie la plus populaire au monde, située dans la ville de New York. Le film examine une sous-culture grandissante de jeunes gais Noirs et Latinos nés vers la fin des années 70 et 80 qui sont inspirés par le Hip-Hop et qui représentent la génération Hip-Hop. Les personnes dépeintes dans ce film maintiennent l'image et l'attitude hyper-masculine et agressive représentée dans cette culture. Pourtant, elles sont gaies, de ce fait contredisant l'image stéréotypée des homosexuels. Tout au long des entrevues de ces
individus , mieux connus sous le nom de « Homo thugs », nous voyons des « rappers » gais, des membres de la bande « Bloods », des « pimps » ainsi que des prostitués. Ce documentaire démontre l’importance pour ces individus de garder leur dignité en tant que minorité gaie d’une société, société qui est contre une communauté gaie grandissante. Toutefois, les jeunes se battent afin de maintenir leur individualité sexuelle et pour survivre dans une société qui les comprend mal parce qu’elle est contaminée par l’homophobie.
Une jeunesse submergée dans une sous-culture que je n’associerais pas nécessairement avec des homosexuels. Je ne considèrerais également qu'il pourrait y avoir une jeunesse gaie faisant partie d’une sous-culture en faveur d’une image masculine agressive. Pourtant il existe quelques « Homo Thugs » ou des membres gangs qui cachent leur vraie sexualité derrière des vêtements et une attitude macho; des rappers qui emploient le Hip-Hop et une stratégie communément appelée « In your face » pour combattre l’homophobie; et une minorité de lesbiennes qui ne se soucient pas vraiment de ce que le monde pense d’elles. La majorité de ces jeunes rebelles qui sont contre les étiquettes stéréotypées est souvent associée aux gais et lesbiennes tels que « fag », « butch », « queen », etc… tout en affirmant fortement leur sexualité en aimant un homme, une femme ou les deux.
Je crois que cela fait partie d'un nouveau sens de la fierté souvent exhibé non seulement par la génération Hip-Hop, mais également par la majorité des jeunes de notre époque. Des jeunes qui n’ont pas honte ou peur; des jeunes qui sont prêts à se lever et qui sont fiers de déclarer au monde qu'ils sont homosexuels. Si vous sortez dans un club gai aujourd'hui, comme le Unity ou le Sky ici à Montréal, lors d’une nuit typique du vendredi ou du samedi, vous trouverez plus de jeunes que jamais qui font le party jusqu'aux petites heures du matin - un phénomène qui n’existait pas il y a une décennie. Des garçons et des filles pleins d’énergie sur la piste de danse – des jeunes qui veulent tout simplement avoir du plaisir.
Après avoir assisté à une réunion du GRIS-Montréal, j’ai rapidement réalisé que cette nouvelle génération inclut également des nouveaux «leaders » gais. Les bénévoles gais, lesbiens, et bisexuels qui ont assisté à la réunion cette soirée-là étaient majoritairement dans la trentaine, mais il y avait également de jeunes gais et lesbiennes, des jeunes qui avaient confiance en eux, qui étaient articulés et totalement ouverts, contrairement à certains leaders plus vieux. Contrairement à leurs aînés et certains de leurs pairs, leur développement émotif n'est pas freiné par des années passées à se cacher, à se censurer et à avoir peur. Je pense que ces individus ressentent la responsabilité d’aider les jeunes gais plus dépourvus et à faire passer le message qu’il n’y a absolument rien de mal à être d’orientation homosexuelle.
Si je me rappelle correctement cette soirée, quand la question qui suit a été discutée : « si un de vos amis vous disait que vous n’avez pas l’air « gai », le prendriez-vous comme un compliment? », une différence rigide et évidente entre les deux générations s’est fait sentir. Les bénévoles plus âgés la considéreraient généralement comme un compliment, tandis que les bénévoles plus jeunes réagissaient différemment. Certains ont fortement affirmé qu'ils sont gais et qu’ils n’ont pas honte de se qu’ils sont, que si quelqu'un les considère comme ayant l’air « gai », alors ils sont heureux que les gens les voient comme qu’ils sont et qu'ils ne prétendent pas être quelqu’un d’autre. Des énoncés qui n’ont pas seulement surpris les bénévoles plus âgés présents, mais qui ont également apporté un sentiment d’espoir et de fierté. Les temps changent à un tel point que les jeunes se sentent fiers de ce qu’ils sont.
Cette fierté nouvelle et l'affirmation de sa propre sexualité est définitivemtent un héritage du dur travail et des batailles des générations précédentes. Pensons aux luttes remportées qui ont préparé le terrain pour la jeunesse, aidant ainsi à créer une société qui est plus tolérante et permettant aux jeunes de se sentir assez confortable pour vivre leur propre sexualité. Pourtant, il reste toujours beaucoup de jeunes gais et lesbiennes en proie à des idées suicidaires. De nombreuses études ont démontré que des jeunes d’orientation homosexuelle, lesbienne ou bisexuelle ou qui sont en questionnement ont 3 fois plus de chance de se suicider : une tentative de suicide étant une réponse à leurs problèmes ou une haine de soi qui semble insurmontable pour eux. Par conséquent, beaucoup de travail reste à faire et il y a encore beaucoup de batailles à surmonter. Souhaitons que la nouvelle génération continue le travail de ceux et celles qui les ont précédés afin que tous se réalisent en tant qu’être humain.
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